Skip to main content

Full text of "Le château de Coucy"

See other formats


Le   Château 

de   Coucy 


PETITES    .MONOGRAPHIES 
DES    GRANDS    ÉDIFICES    DE    LA    FRANCE 


La  Cathédrale  de   Chartres,  par  René  Meblet.  anciun  arclii- 
viste  illlurf-rl-Luii'. 


EN     PREPARATION 

L'Hôtel  des  Invalides,  l'iii  Louis  Dimieu. 

L'Abbaj-e  de  Vézelay,   par  Cliarles   Porée.    ariiii\  i.<te   de 

l'Yonne. 
La  Cathédrale  de  Reims,  par  Louis  Demmsox,  arcliivislc  do 

la  ville  (le  Heinis. 
La  Cathédrale  du  Mans,  par  Gabriel  Flecrv. 
Le  Château  de  Rambouillet,  par  Henri  Longnon. 
Saint-Pol-de-Léon,  par  Ch.  Lecireux. 
L'Abbaye  de  Moissac,  par  A.  Am;lès. 
La  Cathédrale  d'Albi,  par  Jean  Lauax. 
La  Cathédrale  de   Coutancss.  par  Eugène  Lefè\  re-I'ontalis 


Petites  Monographies  des  Grands  Édifices 

^   *   ^  de  la  France  ■)$■   ^îî   * 

Publiées  sous  la  direction  de  M.  K.  LKrKVRK-PONTALIS 


Le  Château 

de  Coucy 


Eugène  LEFEVRE-PONTALIS 

Dirocleiii'  do  la  Socirli'  fraiii;aise  d'AiTlK^'olo^io. 

INTRODUCTION   HISTORIQUE   DE    PH.   LAUER 

Ouvrage  illustré  de  32  gravures  et  de  plans. 
Relevés    de    M.    A.   VENTRE,    architecte. 


PARIS 

HKNRI    LAURKNS,    ÉDITEUR 

6,   rue  de  Touriion,   C> 

Tous  diiiits  .le  lEa.luiti.n.  et  .le  rci.roduL-lion  réservés 


AVANT-PROPOS 


Il  est  peut-être  téméraire  de  consacrer  une  nou- 
velle étude  aux  ruines  imposantes  du  château  de 
Coucy  après  ^"iollol-le-DLlc  qui  a  décrit  et  dessiné 
dans  son  Diclioniuiirc  toutes  ses  parties  princi- 
pales, en  expliquant  le  système  de  défense  primitii'. 
Cependant  j'aurai  l'occasion  de  rectifier  beaucoup 
d'erreurs  du  célèbre  architecte.  Il  eut  tort  de 
reproduire  le  plan  ti'ès  inexact  d'Androuct  du  Cer- 
ceau, sans  vérifier  sur  place  l'absence  de  la  petite 
tour  du  Nord,  le  diamètre  des  salles,  la  plantation 
des  escaliers  et  des  latrines  dans  les  grosses  tours 
et  sans  indiquer  par  des  hachures  les  remaniements 
de  tous  les  corps  de  logis.  On  remarquera  donc 
d'importantes  difierences  entre  le  plan  de  Viollet- 
le-Duc  et  celui  que  j'ai  dressé  avec  le  précieux 
concours  de  M.  André  ^'entre,  architecte  en  chel' 
des  Monuments  historiques,  qui  a  bien  voulu 
relever  avec  le  plus  grand  soin  tous  les  détails 
nécessaires  à  Tillustralion. 

L'histoire  des  sires  de  Coucy  et  des  sièges  de 
la  ville    avait  graud  besoin  d'être  mise  au  point  à 


8  AVANT-IMUU'OS 

Taidc  drs  docinnenls  conservés  à  la  Biltliollircjiie 
Nationale  Mon  ('onl"rèr(\  jNI.  Pliilipjîc  Laiicr,  l)iblio- 
lliécaire  au  département  des  manuscrits,  a  dépouillé 
les  meilleures  sources  pour  la  résumer  en  tète  de 
cette  notice.  Je  ne  saurais  trop  le  remercier  d'avoir 
prouvé  une  fois  de  plus  c|ue  lliistoire  et  l'archéo- 
logie doivent  se  prêter  un  mutuel  appui. 

Les  archéologues  et  les  touristes  qui  voulaient 
visiter  sérieusement  la  ville  de  Coucy,  n'avaient  à 
leur  disposition  que  la  notice  de  VioUet-Ie-Duc  qui 
ne  décrit  ni  lenceinte.  ni  la  basse-cour,  ni  cer- 
taines parties  du  château,  mais  qui  met  bien  en 
relief  Timportance  du  donjon.  Je  me  suis  donc 
efforcé  de  rédiger  une  petite  monographie  j)lus 
complète  en  distinguant  soigneusement  les  cons- 
tructions du  xiif  siècle  de  celles  du  xiv^  siècle, 
afin  de  faire  mieux  comprendre  l'intérêt  excep- 
tionnel de  ce  chef-d'œuvre  de  l'architecture  militaire 
du  moven  ào^e. 


Flili 


llffll 


jfâr^'^ 


Aniirouet  ilu  Cerceau  de 


Le  CHATEAU  EN  1076 

Vue  prise  à  l'ouest. 


INTRODUCTION  HISTORIOUE 


LES   SIRES   DE    COUCY 

L'origine  de  Coucy-la-Ville  [Codiciaciim  villa) 
en  Laonnais,  dans  Tancienne  cité  des  Rémois, 
date  certainement  de  l'époque  gallo-romaine.  Ce 
lieu  est  d'ailleurs  situé  à  proximité  de  la  voie 
romaine  de  Soissons  à  Saint-Quentin.  La  plus 
ancienne  mention  de  Coucy  ne  remonte  cependant 
qu'au  ix**  siècle  :  on  la  rencontre  dans  la  Vie  de 
Sdinl  Rémi,  par  Hincmar,  qui  fait  remonter  au 
temps  de  Glovis  la  donation  de  ce  domaine  à  l'église 
de   Reims  '.   Au   début  du   siècle   suivant,  l'arclie- 


'  Monumen/a   Cvrmnni.r   lii 
l  3.13. 


Scriploref.  t.    ITI.  p.  ï.îG.  30; 


lo  lp:.s  sihks    dk  colcv 

^•^(|ll(•  (le  Reims.  Iler\é.  fit  coiisti'tiiic  un  chàlciui 
l'orl  luunicio  ,  à  rcxtrémile  de  la  tollinc  aliongée 
(jui  domine  Goucy-la-Ville  :  ce  lut  lorigine  de 
C  'oucy-lc-Chàteau  ^ 

Herbert  II,  comte  de  Vermandois,  père  de  l'ar- 
chevêque Hugues,  ne  tarda  pas  à  s'en  emparer. 
Après  avoir  été  concédé  comme  fief  à  Anseau  de 
A^itry,  vassal  de  Boson,  frère  du  roi  llaoul  (93o), 
Coucy  passa  successivement  à  Bernard  de  Senlis  et 
Tliibaud  le  Tricheur,  vassaux  de  Hugues  le  Grand, 
duc  de  France.  C'est  là  que,  selon  Dudon  de 
Saint-Quentin,  le  jeune  duc  de  Normandie,  llicliard, 
fut  caché  par  son  fidèle  Osmond,  à  la  suite  de  son 
évasion  de  Laon  (vers  944  • 

En  900,  la  garnison  de  Coucy  qui.  Tannée  précé- 
dente, avait  passé  au  parti  de  rarchevèqUe  de 
Reims,  Artaud,  revint  à  celui  de  Thibaud  le  Tri- 
cheur. Celui-ci  s'établit  solidement  dans  le  donjon 
roman,  et  en  confia  la  garde  à  son  vassal  Harduin. 
Les  hommes  d'armes  du  roi  et  de  l'archevêque 
essayèrent  en  vain  de  l'en  déloger.  En  908,  cepen- 
dant, les  partisans  d'Artaud  pénétrèrent  par  sur- 
prise à  l'intérieur  de  la  forteresse.  Le  châtelain 
Harduin  se  réfugia  dans  le  donjon,  déjà  presque 
inexpugnable.  Pour  le  réduire,  il  fallut  que  le  roi 
vînt  en  personne  lassiéger,  en  compagnie  d'Ar- 
taud et  de  bon  nombre  de  comtes  et  d'évèques. 
Le  siège   dura    deux  semaines    environ.    Harduin 


'  Flodoardu.s.  Ilistorla  ecclesiae  Remçnsis.  lib.  IV,  c.  i3  1.1/.  G.   hist., 
Scriplores,  t.  XI  il,  p.  57GJ. 


12  LES  siiip:s   de  coucy 

donna  ses  neveux  conniii'  otaf^-es,  et  larnK'e  assié- 
geante se  retira.  Tlilhaiid  parvint  cependant  à  y 
rentrer,  on  ne  sait  coinnienl,  (pielque  temps  après, 
puisqifen  964  nous  le  voyons  consentira  rendre  de 
nouveau  Coucy  à  l'archevêque  pour  être  absous  de 
Texcommunication,  mais  il  exigeait  que  Coucy  fût 
inféodé  à  son  fils  Eudes  P^  Celui-ci  mourut 
en  995,  et  on  ignore  entre  les  mains  de  qui  passa 
l'héritage  de  Coucy. 

En  1039  parait  un  certain  Aubri  de  Coucy.  On  le, 
trouve  mentionné  dans  la  charte  d'Elinand,  évèque 
de  Laon,  en  faveur  de  Nogent  1009'  '  J^^s  les 
diplômes  de  Philippe  I'"''  pour  Saint-Médard  de 
Soissons  (io65)  et  l'église  de  Laon  (lojf  ;  dans  un 
acte  du  cartulaire  de  Notre-Dame  de  Paris  (1067); 
enfin,  dans  une  charte  de  Robert  Courteheuse  en 
faveur  du  ^lont-Saint-Michel  (1088  .  Le  ])iographe 
de  saint  Arnoul,  évèque  de  Soissons.  fait  allusion 
à  des  circonstances  où  Aubri  de  Coucy  aurait  été 
saisi  par  ses  ennemis,  traîné,  garrotté,  puis  exilé  et 
privé  à  jamais  de  son  habitation  ou  domaine  de 
Coucy.  Un  fait  est  certain,  c'est  sa  présence  en 
Angleterre,  à  la  cour  de  Guillaume  le  Conqué- 
rant, oii  il  était  peut-être  en  exil  ;  car,  dans  le 
Domesdai/-book,'û  estquest'ion  d'une  «  terre  d'Aubri 
de  Coucy  »,  située  dans  le  comté  d'York  ^ 

Après  Aubri,  on  trouve,  comme  sire  de  Coucy, 
Ensruerrand  P%  fils  aîné  de  Dreux  de  Boves,  dont 


'  L.  Delislc,  La  Commeninratinn  du  Doniesdaij-hoo/i,  à  Londres,  en 
1886,  dans  V Annuaire-Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  France, 
i88f),  p.    i:y-i?!o  et    i83. 


AUBHI    ET    ENGUERUAND    l*^''  l3 

la  mère  était  de  la  l'auiille  coiiitale  d'Aiiiiens.  Par 
son  mariage  avec  Ade  de  Roiicy,  il  devint  seigneur 
de  Marie  et  de  La  Fère.  Devenu  veuf,  il  enleva  et 
épousa  Sibylle,  fille  de  Roger,  comte  de  Ghâteau- 
Porcien,  et  femme  du  comte  Godefroi  de  Namur. 
L'évêque  de  Laon,  parenl  d'Enguerrand,  ne  Tex- 
communia  pas  ;  mais  une  guerre  acharnée  et  féroce 
s'ensuivit  entre  les  seigneurs  de  Goucy  et  de  Namur. 
Ce  dernier  finit  par  se  consoler  en  épousant  Erman- 
son  de  Luxembourg. 

Enguerrand  L'  prit  part  à  la  première  croisade 
avec  son  fils  du  jn-emier  lit,  Thomas  de  Marie. 
Dans  cette  expédition,  selon  la  légende,  ne  trou- 
vant pas,  au  cours  d'une  surprise,  sa  bannière,  il 
coupa  un  morceau  de  son  manteau  écarlate,  fourré 
de  jîannes  de  vair,  d'oii  l'origine  du  blason  des 
Goucy,  ainsi  décrit  ])ar  les  anciens  auteurs  :  Fascé 
de  vair  et  de  gueules  de  six  pièces. 

Au  retour  de  la  Terre  sainte,  Thomas  épousa  une 
parente  dont  la  dot  fut  la  seigneurie  de  Montaigu. 
Ses  brigandages  le  rendirent  odieux  à  son  propre 
père,  qui  d'ailleurs  sous  l'influence  de  Sibylle,  le 
croyait  maintenant  adultérin.  Enguerrand  assiégea 
Montaigu.  Mais  Thomas  s'échappa,  et,  grâce  à  la 
protection  royale,  parvint  à  rentrer  à  Montaigu.  Une 
horrible  guerre  d'extermination  commença  entre  le 
pèreetle  fils.  Thomas  soutint  les  habitants  de  Laon 
contre  leur  évéque,  et  ceux  d'Amiens  contre  leur 
comte  Enguerrand.  Celui-ci  oll'ril  enfin,  en  iii3, 
la  paix  à  son  fils,  ({ui  l'aida  à  soumettre  Amiens. 
Cela  n'empêcha  pas  Sibylle  de  préparer  une  embus- 


l4  LES    SIRES    DE    COUCY 

cado    d'où  ïlionuis    s"('(lui[)[);i   ;i\<'c   une  blessure. 

Les  (''vriiiies  i-riiiiis  an  (loncilc  île  Beauvais,  en 
iii5,  excoiimuniirrciil  Tlioiiias  (l(;  Marie  conune 
scélérat  el  ennemi  du  nom  chrétien,  à  cause  de  sa 
cruauté.  A  ({uel<|ue  temps  de  là,  ses  protégés,  les 
Laonnais  révoltés  étaient  massacrés  à  Crécy  par 
Louis  le  (iros. 

,  L'année  suivante,  Enguerrand  étant  mort, 
Thomas  lui  succéda  sans  dil'ticulté.  Bientôt  Louis 
le  Gros  vint  assiéger  le  château  de  Coucy  pour 
punirThomas  du  rôle  (ju'il  avait  joué  àLaon.  ^lais 
le  rusé  seigneur  nianilesta  le  plus  grand  repentir 
et  promit  de  réparer  tous  les  tlommages  par  lui 
causés.  Louis  se  retira,  et,  peu  après,  Thomas, 
malgré  ses  promesses,  fit  assassiner  Henri  de 
Chaumont,  frère  de  Raoul,  comte  de  ^'ermandois, 
qui  lui  disputait  le  comté  d'Amiens,  et  il  osa  même 
arrêter  des  marchands  munis  d'un  sauf-conduit 
royal.  Louis  le  (iros,  accompagné  du  comte  de  \'er- 
mandois,  marcha  immédiatement  sur  Coucy  ([ui, 
était  considéré  comme  presque  imprenable.  Tho- 
mas commit  la  faute  de  leur  tendre  une  embuscade  : 
il  y  périt  inopinément  de  la  main  même  de  Raoul 
de  Vermandois     i  i3o}  ^ 

Son  fils,  Enguerrand  11,  qui  lui  succéda,  avait 
épousé  Agnès  de  Beaugency,  lille  de  Mahaut.  la 
propre  cousine  du  roi.  Il  seJforça  d'atténuer  les 
conséquences  des  excès  paternels,  puis  partit 
en  ii4(>  pour  la  deuxième  croisade,  tl'ou  il  semble 

'  A.  I.uchaire.  Lottis  VI  If  Groa,  annales  de  sa  rie  et  de  son  règne. 
n»»  -26,  i8j,   1S9.  20).  '220.  2(31),  309,  379.  -',(n   el  491. 


E.NGUERHAND    II    ET    RAOUL    1*^''  I  5 

irètre  point  revenu  ;  et  son  fils  Raoul  V  qui  eut 
pour  femme  Alix  de  Dreux,  nièce  de  Louis  MI,  lit 
une  fin  semblable  en  Terre  sainte. 

C'est  à  Tépoque  de  Raoul  I*""  qu'on  rapporte 
oénéralement  la  légende  du  joli  roman  du  Chas- 
tclaiii  de  C'ouci  et  <lc  hi  dame  de  Faiel.  Gaston 
Paris  a  montré  ^  qu'il  n'y  avait  rien  d'historique 
dans  l'aventure  de  ce  sire  de  Fayel,  qui  aurait  fait 
manger  à  sa  femme  le  cœur  de  son  amant,  le  châ- 
telain de  Coucy,  Renaud.  La  légende  du  Coi-ur 
Mangé  que  la  littérature  populaire  attribue  mainte- 
nant au  sire  de  Vergy,  est  bien  antérieure  au 
xii^  siècle.  Il  n'en  reste  pas  moins  vrai  qu'il  exista, 
vers  1198-1218,  un  gardien  du  château  de  Coucy 
ou  «  châtelain  »  appelé  Renaud  de  ]Magny,  jadis 
chanoine  de  Xoyon,  doué  d'un  très  beau  talent 
poétique,  dont  quelc[ues-unes  des  chansons  nous 
sont  parvenues,  grâce  à  Jakemes  Sakesep,  l'au- 
teur du  roman  du  Chaslelain  de  Coiici. 

Enguerrand  III,  fils  et  successeur  de  Raoul  V\ 
assista  à  l'éclosion  du  mouvement  communal  déjà 
commencé  sous  son  père  en  Soissonnais  -.  Sa  mino- 
rité favorisa  la  création  de  la  commune  de  Coucy, 
dont  la  charte  datée  de  1 197  fut  copiée  sur  celle  de 
Laon.  C  est  le  moment  de  l'apogée  de  la  maison 
de  Coucy,  qui,  par  ses  brillantes  alliances,  était 
arrivée  à  étendre  au  loin  ses  domaines.  La  recons- 

'  Uistoire  littéraire,  t.  XXIII.  p.  370;  Gh.-V.  Langlois,  La  Société 
française,  au   Xlll"  siècle,  p.    1S8. 

-  Cl.  Bourrin.  La  cuniinuiie  de  Soissons  et  le  groupe  communal  sois- 
sonnais, j).  20.  < 


l6  LES    SIKKS    I)K    COUCY 

triu'tion  de  l'enceinte  de  l;i  ville  et  du  chAteaii 
remonte  i\  cette  épociue,  mais  elle  ne  fut  pas  laite 
d'un  seul  jet. 

Enguerrand  111  eut  quelques  démêlés,  pour  des 
contestations  obscures  de  droits  de  juridiction  avec 
rarchevèque  de  Reims  et  surtout  le  chapitre  de 
Laon,  dont  il  arrêta  le  doyen  en  pleine  cathédrale. 
En  1209,  il  prit  part  à  Texpédition  contre  les  Albi- 
geois, et,  en  1214,  se  signala  à  la  bataille  de  Bouvines. 

Par  ses  mariages  successifs,  il  agrandit  encore 
ses  domaines.  Eustache  de  Roucy  lui  apporta  le 
comté  de  Roucy  ;  Mahaut,  fille  d'Henri  duc  de  Saxe, 
et  sœur  d'Otton  lY,  le  comté  de  Perche  ;  Marie  de 
Montmirail,  la  vicomte  de  Meaux  et  la  châtellenie  de 
Cambrai.  Ainsi  parvenu  au  plus  haut  degré  de  la 
puissance,  et  enivré  de  ses  immenses  richesses,  il 
aspira  à  devenir  le  maître  du  royaume.  La  mino- 
rité de  Louis  IX  semblait  justement  lui  offrir  une 
occasion  des  plus  favorables.  Il  complota  avec  les 
ennemis  de  Blanche  de  Gastille  lenlévement  du 
jeune  roi.  On  raconte  même  qu'il  avait  fait  faire 
une  couronne  d'or  et  des  ornements  royaux  pour 
s'en  revêtir  devant  ses  favorisa  Mais  au  bout  de 
deux  années  d'intrigues  et  de  sourdes  menées,  il 
se  vit  ojjligé  de  renoncer  à  ses  projets  ambitieux, 
et  prêta  serment  de  fidélité  entre  les  mains  du  roi, 
qui  feignit  d'avoir  ignoré  ses  desseins.  Il  mourut 
accidentellement  d'une  chute  de  cheval  au  passage 
dun  gué,  en  1242. 

*  Élie  Berger.  Histoire  de  Blanche  Je  Castille,  reine  de  France,  p.  r.21. 


ENGUERRAND    III  I7 

L'aînée  des  filles  d'Enguerrand  III,  Marie,  épousa 
d'abord  le  roi  d'Ecosse  Alexandre  II,  puis  Jean  de 
Brienne,  grand  bouteiller  de  France,  fils  puîné  de 
Jean  de  Brienne,  roi  de  Jérusalem.  Son  fils  aîné, 
Raoul  II,  eut  une  fin  prématurée.  Il  trouva  la  mort 
à  la  bataille  de  Mansourah  (i25o),  en  Egypte,  ou  il 
avait  suivi  saint  Louis.  Il  venait  de  sauver  la  vie  au 
comte  d'Artois,  frère  du  roi. 

Enguerrand  IV  recueillit  la  succession  de  son 
frère  Raoul.  11  se  signala  comme  le  digne  héritier 
de  Thomas  de  Marie.  Sa  cruauté  à  l'égard  des  gens 
de  l'abbaye  de  Saint-NicoIas-au-BoisIui  valut  d'être 
jugé  par  le  roi  en  personne.  Peu  s'en  fallut  qu'il 
ne  fût  exécuté.  Enfin  il  s'en  tira  moyennant  une 
énorme  amende.  Il  vécut  ensuite  dans  le  calme,  et, 
vers  la  fin  de  sa  vie,  répartit  des  aumônes  entre 
les  léproseries  de  ses  domaines. 

Comme  il  ne  laissait  pas  d'enfants,  ses  deux 
sœurs,  Marie  de  Goucy,  l'aînée,  puis  la  seconde, 
Alix,  femme  d'Arnoul  III  de  Guines,  lui  succé- 
dèrent, l'une  après  l'autre,  Marie  de  Goucy  n'ayant 
pas  eu  d'héritiers. 

Enguerrand  \\  fils  d'Alix,  est  la  tige  delà  seconde 
maison  de  Goucy.  Élevé  à  la  cour  du  roi  d'Ecosse, 
il  épousa  une  parente  de  celui-ci,  Ghrétienne  de 
Bailleul.  Il  porta  toute  sa  vie  les  armes  de  Guines. 

Son  troisième  fils,  Guillaume,  qui  lui  succéda  en 
i32i,  reprit  le  blason  des  Goucy.  Il  eut  pour  femme 
Isabeau,  fille  de  Gui  III  de  Ghàtillon,  comte  de 
Saint-Pol,  grand  bouteiller  de  France.  La  comtesse 
d'Eu.  Jeanne  do  Guines,  contestait  alors  à  Enguer- 


}8  LES    SIRES    DE    CoUCY 

ranci  la  possession  même  de  Coucy,  qu'elle  reven- 
tlicjuail  du  chef  de  son  père  Baudoin,  lils  aîné  d'Ar- 
noul  III.  comle  de  Guines  et  d'Alix  de  Coucy.  Ces 
prétentions  amenèrent  un  procès  qui  dura  dix-huit 
ans,  et  qui  se  termina  en  faveur  de  Guillaume  dont 
la  succession  fut  ainsi  assurée  à  son  fils  Enguer- 
rand  IV.  Ce  puissant  seigneur  se  maria  en  1 338  avec 
Catherine  d'Autriche,  fille  de  l'empereur  Léopold 
et  de  Catherine  de  Savoie,  alliance  qui  permit  plus 
tard  à  son  fils  de  briguer  la  couronne  impériale. 

La  guerre  de  Cent  Ans  était  à  ses  débuts.  Dès 
l'année  iSSq,  Coucy  fut  menacé  par  le  roi  d'An- 
gleterre, Edouard  III.  Enguerrand  \l  se  joignit  au 
roi  de  France,  son  suzerain,  j)our  luller  contre 
l'envahisseur.  Il  prit  une  part  active  aux  expéditions 
contre  Jean  de  ^lontfort  et  les  Anglais,  et  perdit  la 
vie  à  la  bataille  de  Crécy  'i34t)),  ne  laissant  qu'un 
enfant  en  bas  âge. 

Survinrent  la  captivité  du  roi  ,Iean.  les  pillages 
anglais  et  leurs  conséquences  :  la  misère  des  cam- 
pagnes avec  la  Jaccjuerie.  Engnci-rautl  \'II.  arrivé 
à  l'âge  d'homme,  prit  une  sérieuse  part  à  la  répres- 
sion et  fit  exécuter  sans  merci  les  factieux.  Il  fut 
envoyé  peu  après  en  otage  en  Angleterre,  pour 
garantir  le  paiement  de  la  rançon  du  roi  Jean. 
Alors  commença  véritablement  sa  vie  extraordi- 
naire d'aventures,  qui  en  font  une  des  figures  les 
plus  attachantes  du  xiv''  siècle.  II  se  fit  si  bien 
remarquer  à  la  cour  de  Londres  qu'Edouard  III 
lui  donna  en  mariage  sa  seconde  fille,  Isabelle  :  et 
Enguerrand  ajouta  ainsi  aux  domaines  anglais,  (jui 


en(;lerrand  vu  i<^ 

lui  Amenaient  de  sa  grand'mère  Chrétienne  de  Bail- 
leiil,  le  comté  de  Bedford,  en  même  temps  qu'il 
obtenaitla  restitution  du  comté  de  Soissons,  enoao-é 
pour  sa  rançon. 

A  son  retour  en  France  (i368],  Enguerrand,  trou- 
vant ses  domaines  incultes,  s'ell'orça  d'y  attirer 
les  hal)itanls  d'alentour  par  l'octroi  d'une  charte 
collective  d'affanchissement  à  un  grand  nombre 
de  ses  bourgs  et  villages,  y  compris  Coucy. 

Lorsque  la  guerre  se  ralluma  avec  l'Angleterre, 
il  garda  la  plus  stricte  neutralité  à  cause  de  son 
mariage,  et  partit  même  en  croisade  contre  les 
Visconli,  tyrans  do  Milan  excommuniés  par  le 
pape.  En  1.^7.),  il  tailla  en  pièces  l'armée  de  Bar- 
nabe Visconti,  près  de  Bologne,  puis  celle  du  tils 
de  Galéas  ;  et  entreprit  le  siège  de  Plaisance  avec 
le  duc  de  Savoie.  Une  grave  maladie  de  ce  dernier 
contraignit  Enguerrand  à  se  retirer.  Pendant  ce 
temps,  les  Anglais  de  Robert  KnoU  avaient  res- 
pecté les  tlomaines  de  Coucy. 

Sur  ces  entrefaites,  l'empereur  Léop(^ld  étant 
mort  sans  autre  héritier  que  Catherine  d'Autriche, 
Enguerrand  tenta  de  revendiquer,  les  armes  à  la 
main,  Théritage  de  sa  mère.  A  la  tête  d'une  bande 
de  mercenaires,  secondé  par  un  grand  nombre  de 
seigneurs  l'rançais,  et  aidé  des  suljsidcs  fournis  j)ar 
le  l'oi  de  France,  il  entreprit  une  expédition  des 
plus  hasardeuses  (|ui  échoua  Jiialhcureusement. 
Cet  insuccès  ranieua.  dit-on,  à  fonder  FUrdre  de  la 
Couronne,  dont  remblcme  était  unecouronne  ren- 
versée, —  allusion  à  ses  droits  méconnus. 


20  LES    SIHES    DE    COUCY 

A  la  mort  crÉtlouard  III,  il  rompit  tout  lien  avec 
l'Angleterre,  où  il  renvoya  sa  femme  Isabelle,  ne 
gardant  près  de  lui  que  sa  fille  aînée  Marie.  Sa 
seconde  fille,  Philippote,  n'était  jamais  venue  en 
France  :  elle  épousa  Robert  de  Veer.  duc  d'Irlande 
et  comte  d'Oxford,  auquel  elle  apporta  en  dot  les 
domaines  anglais  de  son  père.  Dès  lors,  Enguer- 
rand  prit  une  part  active  à  la  lutte  contre  les 
Anglais,  en  Guyenne  et  en  Normandie.  Il  refusa 
l'épée  de  connétable  de  Duguesclin,  que  Charles  V 
lui  offrait  et  l'engagea  à  la  confier  plutôt  à  Olivier 
de  Clisson.  Devenu  gouverneur  de  Picardie,  il 
donna  la  chasse  aux  troupes  ennemies  débarquées 
à  Calais,  en  i38o. 

Il  assista,  comme;  haut  baron,  au  sacre  de 
Charles  YI,  et  fut  chargé  de  conclure  la  paix  avec 
le  duc  de  Bretagne.  A  partir  de  ce  moment,  il 
s'affirma  de  plus  en  plus  comme  un  habile  diplo- 
mate :  c'est  lui  (jiii  traita  avec  les  Maillotins  et 
apaisa  leur  révolte,  lui  encore  qui,  après  la  bataille 
de  Rosebeck,  négocia  le  retour  du  roi  dans  Paris  '. 

On  le  voit  ensuite  en  Ecosse,  où  il  avait  opéré  une 
descente,  avec  l'amiral  Jean  de  Vienne,  pour  ravager 
les  frontières  septentrionales  de  l'Angleterre. 

Son  gendre,  Robert  de  Veer,  duc  d'Irlande, 
abandonnant  sa  femme,  réussit  à  faire  prononcer 
son  divorce  par  le  pape  Urbain  VI.  Battu  par  les 
révoltés  de  Londres,  qu'il  avait  tenté  de  soumettre, 
ce  seigneur   se   réfugia   en    Hollande,    d'où   il  ne 

*  L.  Mirot.  Les  insurreclioiis  urbaines  au  début  du  règne  de  Charles  VI. 
Paris,   lyoG,   pp.   ilo.    ij;,   i38,  145,   i5-2.    i.)4.  i.">3  el   181. 


EXPEDITIONS    D  ENGUERRAND    VII  '21 

craignit  pas  de  se  rendre  à  la  cour  de  France, 
Engiierrand  la  quitta  aussitôt,  chargé  d'une  mis- 
sion auprès  du  duc  de  Bretagne,  à  Vannes.  Il  y 
réussit  si  bien  que  non  seulement  il  obtint  la  res- 
titution à  Olivier  de  Clisson  de  ses  châteaux  con- 
fisqués, mais  encore  l'hommage  solennel  rendu 
par  le  duc  en  personne  au  roi,  à  Paris  même. 
Robert  de  Veer  reçut  l'ordre  de  quitter  la  France. 

Cependant  Coucy  se  trouvait  dépeuplé  à  la  suite 
des  guerres  et  des  pillages  ou  incendies  qu'elles 
avaient  attirés.  En  i388,  Enguerrand  fit  décider, 
par  le  roi,  que  deux  foires  annuelles  s'y  tiendraient 
à  la  Saint-Nicolas  d'été,  et  à  celle  d'hiver.  Un  gre- 
nier à  sel  y  fut  aussi  établi. 

Enguerrand  parait  ensuite  en  Espagne  où  il  con- 
duit le  fils  du  duc  d'Anjou,  fiancé  de  la  fille  de 
Jean  F'",  roi  d'Aragon  ;  à  Arezzo  qu'il  assiège  pour 
Louis  d'Anjou  ;  à  Gênes  auprès  du  duc  de  Bour- 
bon, chef  de  l'expédition  contre  les  pirates  des 
côtes  barbaresques.  Il  prend  part  à  la  descente  des 
Génois  en  Afrique.  En  1893,  il  est  à  la  cour  de 
Savoie,  s'occupant  avec  ardeur  d'aplanir  les  difii- 
cultés  élevées  au  sujet  de  la  régence  de  cet  Etat, 
durant  la  minorité  d'Amédée  VIII.  Deux  ans  plus 
tard,  il  est  chargé  des  intérêts  du  duc  d'Orléans 
auprès  de  la  République  de  Gênes,  qui  cherchait 
un  roi  parmi  les  princes  du  sang. 

L'entreprise  capitale  et  la  dernière  de  sa  vie 
fut  la  croisade  de  Ni(()[)(>lis.  11  y  accompagna  le 
comte  de  Nevers,  sur  la  demande  instante  de  ses 
parents,  à  titre  de  guide  et  conseil.  On  sait  coin- 


22  LES    SIRES    DE    COUCY 

meut,  après  une  liciireusc  escarmoiiclic  (rEni^iior- 
rand,  les  Croisés  lureiil  taillés  en  pièces  par  lar- 
méc  du  sultan  Bajazet  (28  septembre  iSgG;.  Enguer- 
rand,  lait  prisonnier,  fut  reconnu  par  l'interprète 
picard  Jacques  de  lleilly  qui  l'ut  cliarg-é  de  négocier 
en  France  le  rachat  des  captifs.  Aussitôt  la  nouvelle 
connue,  le  duc  d'Orléans  envoya  lvol)ert  dEsne 
pour  obtenir  la  délivrance  d'Henri  de  Bar  et  d'En- 
guerrand  :  mais  Robert  apprit  à  Vienne,  en  même 
temps,  la  maladie  et  la  mort  du  célèbre  baron  cjui 
venait  dexpirer  à  Brousse  le  18  février  139-.  Jac- 
ques Wilay,  de  Saint-Gobain,  ramena  son  cœur  à 
l'abbaye  de  Villeneuve,  près  Nogent'. 

Avec  lui  finit  l'histoire  de  cette  fameuse  maison 
de  Coucy,  alliée  aux  familles  royales  de  France, 
d'Angleterre  et  d'Autriche,  qui  produisit  un  En- 
guerrand  111  et  un  Enguerrand  VII.  C'est  à  ces 
deux  seigneurs,  dont  la  vie  marque  les  périodes 
brillantes  de  la  dynastie,  qu'il  faut  attril)uer  la 
construction  et  la  restauration  de  leur  magnifique 
château,  dont  la  mâle  architecture  était  le  symbole 
de  la  puissance  politique  des  sires  de  Coucy.  Il  ne 
nous  reste  malheureusement  aucun  compte  d'En- 
guerrand  III,  mais  les  Archives  de  l'Aisne  ont  eu 
la  bonne  fortune  de  s'enrichir,  l'année  dernière, 
grâce  à  M.  Broche,  d'un  registre  des  recettes  et 
dépenses  de  la  châtellenie  en  1 386-1387.  A  cette 
époque,  Enguerrand  VII,  comme  on  le  verra  plus 

'  Dclaville  le  Roux,  La  Fiance  en  Oricid  an  A7ï'<=  siècle,  pp.  a");, 
aCia.  270  et  siiiv..  et  p.  'Ji  J.  —  Mangin,  Enguerrand  VII.  sire  de  Coiici/, 
dans  le  Bulletin   de  la   Société   académique  de    Laon,  t.   XXIV,  p.   4t). 


COMPTES    DE     l386  23 

loin,  avait  déjà  fait  rebâtir  la  salle  des  Preux  et  la 
salle  des  Preuses.  A  Poccasion  de  la  visite  de 
Charles  M,  qui  eut  lieu  le  23  mars  i38-,  un  jeu 
de  paume  fut  établi  dans  la  cour. 

Les  revenus  de  la  seigneurie  se  composaient 
alors  des  droits  féodaux,  des  produits  du  domaine, 
couvert  de  vignobles,  de  la  pèche  des  viviers  et  des 
coupes  de  bois.  Les  divers  chapitres  de  dépenses 
mentionnent  les  deux  chapelains  qui  desservaient 
la  chapelle  des  Onze  mille  Vierges  et  celle  de  la 
Madeleine,  dans  rencointe  du  château,  TafFrète- 
ment  d'un  bateau  ([ui  transporta  de  Boissons  à 
Rouen  des  approvisionnements  de  tout  genre  en 
vue  d'une  descente  en  Angleterre,  projetée  par 
Charles  VI,  le  séjour  de  Guillaume  de  \'erdun, 
astronome  du  châtelain,  à  Soissons,  à  Thùtel  du 
Mouton,  les  frais  de  déplacement  d'Enguerrand  VII 
à  Dijon  et  à  Soissons,  et  le  carrosse  amené  de  Lor- 
raine par  sa  seconde  femme,  fille  du  duc  Jean  P'. 

Enguerrand  mort,  sa  fille  aînée  Marie,  femme 
d'Henri  de  Bar,  prit  possession  des  domaines  de 
son  père,  avec  leurs  nombreuses  dépendances, 
parmi  lesquelles  le  comté  de  Soissons.  ^lais  une 
fdle  cadette,  Isabeau,  issue  de  son  second  mariage, 
et  femme  de  Philippe  de  Nevers,  réclama  le  partage 
et  intenta  un  procès.  Sur  ces  entrefaites,  le  frère 
du  roi  Charles  VI,  Louis  duc  d'Orléans,  voyant  la 
riche  baronnie  de  Coucy  entre  les  mains  d'une 
femme,  offrit  à  Marie  de  l'acheter.  On  négocia,  et, 
le  i5  novembre  1400,  fut  conclu  l'acte  de  vente 
moyennant  400.000  francs,  et  Tahandon  des  rêve- 


24  LKS    SIHKS    DE    COUCY 

nus  à  titre  viager;  mais  en  réalité  le  duc  ne  paya 
jamais  que  104.000  francs,  comme  M.  Lacaille  a 
pu  l'établir.  Marie  de  Coiu;y  s'éleignit  cinq  ans 
plus  tard.  Sa  sœur  Isabeau,  à  qui  un  arrêt  du  Par- 
lement avait  adjugé  la  moitié  de  Coucy,  Marie, 
La  Fère  et  Origny ,  le  quart  de  Montcornet  et  Pinon, 
avec  le  cinquième  de  Ilam,  décéda  à  son  tour, 
en  i4ii,  laissant  une  fille  unique  qui  la  suivit  de 
près  dans  la  tombe.  Le  fils  de  Marie  de  Coucy, 
Robert  de  Bar,  demeuré  seul  héritier,  poursuivit 
le  duc  d'Orléans  en  paiement  d'une  somme  de 
120.000  livres,  restée  due  sur  le  prix  de  vente  de 
la  seigneurie.  Une  transaction  intervint  :  le  comte 
de  Bar  consentit  à  tenir  quitte  de  sa  dette  le  duc 
d'Orléans  moyennant  la  restitution  des  chàlellenies 
de  La  Fère  et  de  Marie. 

La  partie  de  la  baronnie  qui  ne  fut  pas  réunie  à 
la  couronne,  sous  Louis  XII,  passa  plus  tard  dans 
la  maison  de  Luxembourg,  puis  dans  celle  de 
Bourbon,  par  les  Vendôme  et  Alencon,  et  fut  enfin 
réunie  à  la  couronne  par  Henri  IV. 

Coucy  était  dès  ce  temps  le  siège  d'une  |)révôté 
royale,  transformée  plus  tard  en  bailliage,  et  d'une 
maîtrise  des  eaux  et  forêts  ou  gruerie.  En  matière 
judiciaire,  les  causes  allaient  en  appel  devant  les 
présidiaux  de  Soissons  et  de  Laon.  Le  duc  d'Or- 
léans obtint  du  roi,  en  i4o5,  l'érection  de  Coucy  en 
pairie,  pour  lui  et  ses  descendants. 

La  possession  de  ce  magnifique  domaine  excita 
la  convoitise  du  duc  de  Bourgogne  et  des  maisons 
de  Luxembourg  et  de  Lorraine  :  ceux-ci  le  reven- 


SIÈGE    Dli     l4ll  20 

diqiièrent,  en  vertu  d'anciennes  alliances.  Ce  fut 
une  des  causes  de  Thostilité  des  Bourguignons 
contre  les  Armagnacs,  partisans  du  duc  d'Orléans. 

Leduc  d'Orléans  périt  assassiné  en  1407,  et  ses 
enfants  prirent  les  armes  pour  le  venger.  Aussitôt 
Charles  VI,  qui  s'était  montré  favorable  aux  Bour- 
guignons, prononça  la  confiscation  du  domaine  de 
Coucy.  Valeran  de  Luxembourg,  comte  de  Saint- 
Pol,  l'ut  chargé  d'aller  l'occuper. 

Celui-ci  marcha  sur  Coucy,  et  y  entra  sans  coup 
férir  (141 1);  mais  il  ne  put  forcer  le  château  où 
commandait  Robert  d'Esne.  Malgré  toutes  les 
sommations,  ce  vaillant  capitaine  refusait  opiniâ- 
trement de  se  rendre,  confiant  dans  la  solidité 
des  murailles  et  le  courage  de  compagnons  déter- 
minés à  tenir  tant  qu'il  y  aurait  des  vivres.  Le 
comte  de  Saint-Pol  fut  obligé  de  commencer  un 
siège  en  règle.  Il  employa,  à  cet  effet,  un  procédé 
considéré  alors  comme  une  innovation,  la  mine. 
Des  ouvriers  liégeois  furent  chargés  de  pratiquer 
une  galerie  au-dessous  de  la  tour  de  la  porte  basse 
du  château  ou  porte  ]Maître-Odon.  Les  chevaliers 
et  hommes  d'armes  assiégeants  descendaient  à  tour 
de  rôle  dans  le  souterrain,  curieux  de  voir  de  près 
la  nouveauté  du  jour.  Or,  il  arriva  qu"à  l'endroit 
où  la  galerie  passait  sous  les  fondations  de  la  mu- 
raille extérieure  du  château,  on  négligea  de  l'étayer 
suffisamment  :  tout  à  coupla  voùle  s'effondra  sous 
le  poids  d'une  portion  de  la  base  croulante  de  la 
tour,  ensevelissant  ouvriers  et  \is\lenvs.  Et  encores 
y  soiil-ils,   ajoute  le   (  ln-oni(|ueur  Juvénal  des   L'r- 


20  LES    SIUKS    DK    CoLCY 

sins,  en  manière  d'oraison  fiinclire  des  victimes ^ 
L'afl'aissement  d'une  tour  n'avança  en  rien  le 
siège  de  la  jdace  qui  dura  encore  trois  mois.  Enfin 
Robert  d'Esne  ne  recevant  aucun  secours  du  de- 
hors se  trouva  contraint  de  capituler.  Ce  succès 
valut  au  comte  de  Saint-Pol  l'épée  de  connétable. 
Deux  années  plus  tard,  Coucy  fut  restitué  au  duc 
d'Orléans,  à  la  suite  du  traité  de  paix  conclu  avec 
le  duc  de  Bourgogne.  Mais,  de  nouveau,  en  i4i9> 
la  place  fut  livrée  aux  Bourguignons,  cette  fois  de 
la  façon  la  plus  extraordinaire.  Voici  comment  : 
Pierre  de  Saintrailles  était  gouverneur  du  (;hàleau 
pour  le  dauphin.  Ses  serviteurs  furent  gagnés  par 
les  nombreux  prisonniers  bourguignons  enfermés 
par  La  Hire  dans  le  donjon.  Sur  leurs  instances, 
ils  dérobèrent  les  clefs  de  la  tour  et  en  ouvrirent 
les  portes  nuitamment.  Les  Bourguignons  conduits 
par  le  fameux  sire  de  Maucourt  et  Lionnel  de  Bour- 
nonville,  se  saisirent  des  premières  armes  venues 
et  se  précipitèrent  au  logis  de  Saintrailles,  qu'ils 
égorgèrent  avec  ses  sentinelles  et  mirent  le  poste 
hors  d'état  de  nuire.  En  même  temps  des  émissaires 
furent  dépêchés  au  duc  de  Bourgogne  pour  appeler 
à  l'aide.  La  Hire,  stupéfait  et  furieux,  à  son  retour 
d'une  course  dans  le  voisinage,  ne  put  même  pas 
essa3'er  de  rentrer  dans  le  château,  et  dut  bientôt 
se  retirer  devant  les  renforts  bourouionons  '. 


'  Le  fait  est  aussi  rapporté  par  Pierre  de  Feuin,  Jean  Lefebvre  de 
Saint-Remy  et  Monstrelet. 

-  Germain  Lefèvre-Pontalis,  La  Guerre  de  partisans  dans  la  Haule- 
yormaudie  dans  la  Bibliolhèiiue  de  l  Kcolc  des  Chartes,  t.  LVl,  iSy"), 
p.  4");').  L'anecdote  est  racontée  par  Fenin  et  Monstrelet. 


CHARLES    D  ORLEANS  l'J 

Le  chic  de  Bourgogne  ne  profita  guère  du  coup 
d'audace  de  T  «  écorcheur  »  Maucourt,  puisqu'il  fut 
assassiné  avant  même  la  fin  de  l'année.  La  Hire  et 
Polon  de  Saintrailies  rentrèrent  dans  Coucy  à  quel- 
que temps  de  là.  En  142.3,  le  comte  de  Sull'olk 
vint  assiéger  la  place,  s'en  rendit  maître  et  la  livra 
à  Jean  de  Luxembourg,  comte  de  Saint-Pol,  un  des 
plus  chauds  partisans  des  Anglais,  A  la  mort  de  ce 
dernier  (i44t>)i  le  vérita])le  propriétaire  de  Coucy, 
Charles  d'Orléans,  qui  était  retenu  prisonnier  en 
Angleterre,  depuis  Azincourt,  pensa  {)ouvoir  ache- 
ter sa  rançon  en  olïranl  au  duc  de  Bourgogne  la 
baronnie  de  Coucy  avec  celle  de  La  Fère-en-Tar- 
denois  et  le  comté  de  Soissons,  moyennant 
45  600  écus  d'or.  Charles  ^  11  s'entremit,  et  pour 
faciliter,  avec  la  conclusion  du  marché,  le  retour 
du  duc  d'Orléans,  il  renonça  formellement  et  défi- 
nitivement à  ses  droits  de  (lainl  et  de  rciiuint  sur 
ces  seigneuries.  Les  propositions  durent  être 
agréées  de  part  et  d'autre,  car  Charles  d'Orléans 
revint  en  France  cette  année  même. 

I^a  terre  de  Coucy  apparaît  cependant  dans  des 
actes,  de  peu  postérieurs,  comme  dépendant  à 
nouveau  de  la  maison  d'Orléans,  sans  qu'on  sache 
au  juste  comment.  Le  duc  Charles  mourut  en  i465, 
et  son  fils  Louis  d'Orléans  disputa  la  régence  à 
Anne  de  Beaujeu.  Tandis  (ju'il  était  vaincu  et  fait 
prisonnier  à  la  bataille  de  Saint-Aubin-du-Cormier 
(1487),  Pierre  d'Urfé,  grand  écuyer  de  France,  se 
présenta  devant  (]oucy  avec  les  troupes  royales  et 
s'en  empara  au  bout  de  huit  jours.  (Juehpies  années 


28  LES    SIHES    ItE    COICY 

s'écoulèrent.  Le  duc  d'Orléans  se  réconcilia  avec 
Charles  Vlll,  obtint  restitution  de  la  place,  qu'il 
réunit  au  domaine  de  la  couronne  en  devenant  roi 
sous  le  nom  de  Louis  XII  [i/\C)S].  Sa  fille,  Claude 
de  France,  reçut  la  baronnie  en  apanage,  lors  de 
son  union  avec  François  d'Angoulème  'i5i4).  Un 
an  après,  nouveau  retour  au  domaine  royal,  à 
Tavènement  de  François  I". 

La  forteresse  de  Coucy  fut,  de  bonne  heure,  une 
des  places  convoitées  par  les  Calvinistes.  Dès 
1567,  ils  s'en  emparèrent  et  y  établirent  leur  point 
d'appui.  Henri  III  la  fit  bientôt  reprendre  et  la 
donna,  avec  ses  dépendances,  en  apanage  à  Diane 
de  France  ou  de  Valois,  duchesse  d'Angoulème  sa 
fille  naturelle  (1076). 

Les  troupes  royales  l'occupaient  pendant  la 
Ligue,  et  s'élançaient  à  l'improviste  de  son  châ- 
teau sur  les  partisans  de  la  sainte  union,  par  exemple 
sur  les  habitants  de  ^lons-en-Laonnais,  devenus 
de  véritables  bandits,  ou  sur  ceux  de  Monampteuil. 
Puis,  subitement,  sans  raison  apparente,  la  ville  de 
Coucy  se  déclara  pour  la  Ligue.  Le  sieur  de  La- 
meth,  commandant  ligueur  de  la  place  de  Coucy, 
finit,  en  1094,  parfaire  sa  soumission  au  roi  et  lui 
remit  le  château. 

Occupé  au  siège  de  Laon,  Henri  1\'  ne  trouva 
l'hospitalité,  pour  Gabrielle  d'Estrées,  qu'à  Couc}', 
chez  le  maire  où  elle  mit  au  monde  le  duc  de  Yen- 
dôme  le  7  juin  1094. 

En  161 5,  les  princes  et  les  grands,  mécontents 
du  gouvernement  de  Marie  de  Médicis,  s'empare- 


SIÈGE    DE    1602  29 

rent  de  cette  forte  position,  voisine  de  Paris.  La 
cour  négocia  avec  eux  et  parvint  à  leur  faire  dépo- 
ser les  armes.  Ils  tirèrent  prétexte  de  l'arrestation 
du  prince  de  Gondé  pour  reprendre  Goucy,  l'année 
suivante,  et  s'y  maintinrent  jusqu'à  la  mort  du 
maréchal  d'Ancre  (1617). 

Diane  de  France,  apanagiste  de  Goucy,  mourut 
en  16 19,  et  son  domaine  fut  donné  à  François 
de  Valois,  second  fils  du  duc  d'Angoulême,  qui 
mourut  lui-même,  en  1622,  sans  postérité.  En  i645, 
Louis  XIV  engagea  Goucy  à  Roger  de  Longueval, 
moyennant  plusieurs  milliers  de  livres. 

Durant  la  Fronde,  Hébert,  gouverneur  de  Goucy, 
devint  suspect  à  Mazarin.  Sommé  de  remettre  la 
place  au  maréchal  d'Estrées,  gouverneur  de  Laon, 
il  répondit  qu'il  la  tenait  directement  du  roi.  Sur 
ce  refus,  d'Estrées  eut  ordre  de  faire  avancer  des 
troupes  et  d'investir  la  place.  Le  sieur  de  Mani- 
camp,  gouverneur  de  La  Fère,  s'étant  joint  à  lui 
avec  six  pièces  de  canon  amenées  de  La  Fère  et 
Péronne,  le  siège  commença  le  10  mai  i652.  L'artil- 
lerie ouvrit  une  large  brèche  dans  les  murs.  Les 
assiégés  tinrent  encore  quelque  temps  dans  la  ville 
et  ne  se  retirèrent  derrière  l'enceinte  du  château 
que  le  19.  Trois  jours  après,  les  troupes  lorraines 
arrivèrent  au  secours  d'Hébert,  et  leur  cavalerie 
ayant  défait  un  régiment  d'assiégeants,  ceux-ci 
se  retirèrent  en  désordre,  abandonnant  la  ville  aux 
Frondeurs. 

Les  habitants  de  Goucy  ne  tardèrent  pas  toute- 
fois   à    se   soumellre  au  roi.   Le  cardinal  Mazarin 


3o  LES    SIRES    DE    COUCY 

<]iarij;ea  Clément  Métezeaii,  ringénieui"  qui  avait 
(iii'ii^é  le  siège  de  La  Piochelle  et  proba])Ieinent 
aussi  son  lils  dr  démanteler  les  fortifications  du 
château,  eu  vertu  d'un  ordre  royal  daté  du  ii  sep- 
tembre 1652'.  Ils  firent  sauter  à  coups  de  mine  les 
portes  d'entrée  de  la  basse-cour  et  du  château,  la 
chemise  du  donjon,  les  voûtes  d'ogives  de  ses  trois 
salles,  mais  Texplosion  ne  produisit  que  trois 
lézardes  dans  l'énorme  cylindre.  Ils  rendirent 
inhabitables  les  tours  d'angle,  tous  les  corps  de 
logis,  et  les  ruines  furent  dès  lors  exploitées  comme 
une  carrière.  Le  tremblement  de  terre  de  1692 
acheva  l'œuvre  de  la  mine. 

En  i6j.).  Louis  Xl\'  donna  Coucy,  avec  Foleni- 
bray,  en  apanage  à  Philippe  de  France,  duc  d'Or- 
léans, pour  lui  et  ses  descendants  mâles,  qui  depuis 
lors  portèrent  le  titre  de  sires  de  Goucy.  La  cha- 
pelle de  la  ^ladeleine,  qui  avait  été  épargnée  dans 
le  château,  l'ut  désaffectée,  et  ses  revenus  attribués 
à  l'Hôtel-Dieu. 

Pendant  la  Piévolution,  le  tribunal  du  district  de 
Chauny  futétaljli  à  Coucy.  dont  le  dernier  seigneur 
fut  Louis-Philippe-Joseph  d'Orléans.  Coucy-la-Ville 
prit  le  nom  de  Coucy-la-Vallée,  et  Coucy-le-Château 
celui  de  Coucy-la-Montagne.  Le  château,  dont  la 
grosse  tour  servit  de  prison  aux  uiallaih'urs  arrê- 
tés dans  les  forêts  voisines,  devint  un  bien  national. 
Attribué  à  l'Hùtel-Dieu  de  Coucy,  cpii  continua  à  lais- 
ser les  habitants  de  la  ville  et  des  environs  arracher 

'  Arih.  liât.  O'J.  fol.  iSS  v".  Clément  Méto/pau  mourut  le  aS  no- 
vembre  \6'vi. 


DEBLAIEMENT    DES    RUINES  Ôl 

les  parements  des  murs,  moyennant  une  redevance 
de  3  francs  par  charrette  de  pierres,  il  fut  racheté 
en  1829,  parle  duc  d'Orléans,  au  prix  de  6.000  francs. 
Son  architecte,  M.  Malpièce,  combla  le  fossé 
devant  la  porte,  et  fit  boucher  les  trois  lézardes  du 
donjon,  mais  ce  travail  était  tout  à  fait  insuflisant. 

En  i856,  quand  FEtat  devint  propriétaire  du 
château,  la  commission  des  Monuments  histori- 
ques, sur  l'initiative  de  Viollet-le-Duc,  prit  en 
main  le  sauvetage  des  ruines  de  Coucy.  Le  donjon, 
qui  menaçait  de  s'écrouler,  fut  chaîné  par  deux  cer- 
cles de  fer,  à  la  hauteur  des  corbeaux,  et  recouvert 
d'une  toiture;  on  reprit  ses  lézardes  avec  le  plus 
grand  soin.  Le  déblaiement  du  fossé  dallé,  de  la 
poterne  qui  passe  sous  la  chemise,  de  la  chapelle, 
des  soubassements  des  deux  grandes  salles  se  pour- 
suivit méthodiquement,  en  ramenant  au  jour  les 
débris  de  sculpture  qui  forment  le  musée  lapidaire. 

L'imaoiiiation  du  voyageur  moderne,  en  visitant 
les  ruines  d'un  antique  château  féodal,  se  plaît  au 
récit  des  légendes  (|ui  animent  les  vieux  murs 
croulants.  A  défaut  du  roman  de  son  cliàtelain,  (|ui 
n'a  aucun  fondement  sérieux  et  se  rapporte  plutôt 
au  château  de  Fayel,  Coucy  a  du  moins  l'histoire 
vraie,  merveilleuse  et  souvent  romanesque  de  ses 
seigneurs  d'antan,  dont  on  connaît  la  devise  pré- 
somptueuse, mais  justifiée  ; 

Roi  ne  suis 
Ne  prince,  ne  duc,  ne  conile  aus:?!. 
Je  saisie  sire  de  Coucy. 

Pu.    LvuEU. 


PoKTi:    DE    L.VON 


LA  VILLE  ET  LE  CHATEAU 


ENCEINTE  DE  COUCV 


La  ville  de  (A:)ucy,  llèrenient  campée  sur  un 
promontoire  qui  domine  la  vallée  de  la  Lette, 
affluent  de  l'Oise,  occupe  une  position  stratégique 
de  premier  ordre  aux  confins  du  Soissonnais  et  du 
Laonnais.  Son  enceinte  du  xiii''  siècle  encore 
intacte.  fhuKjuée  de  \  iii_L;l-luiit  lours  en  y  compre- 

3 


34  L^    VILLK    VK    COUCY 

nant  celles  du  château  et  de  sa  hasse-cour,  ne  pré- 
sentait qu'un  point  faible  correspondant  au  plateau 
dont  Taxe  est  occupé  par  la  route  de  Laon.  Cette 
raison  sulîit  à  expliquer  la  valeur  défensive  excep- 
tionnelle de  la  porte  de  Laon  (j  ni  jouait  le  même  rôle 
que  la  porte  Saint-Nazaire  à  Carcassonne.  Viollet- 
le-Duc,  qui  en  a  décrit  les  ingénieuses  dispositions 
avec  le  plus  grand  soin  l'attribue  avec  raison  à  une 
épo((ue  un  peu  antérieure  à  celle  du  château  '. 

Porte  de  Laon.  — Auxiii*"  siècle,  cette  porte  était 
précédée  d'une  l)arbacane  en  demi-lune  oii  les 
roules  de  Laon  et  de  Chauny  venaient  se  réunir 
en  passant  chacune  entre  deux  tours  pour  aboutir 
à  un  viaduc  coudé"  qui  traversait  une  tour  ronde 
isolée  devant  l'entrée  de  la  porte.  Cette  tour  fut 
remplacée  en  i.joi  par  un  Jjaslion  pentagonal  qui 
coùt-a  la  somme  de  2.33i  livres".  De  nouvelles 
o-aleries  de  contremine  dont  le  plan  est  très  com- 
pliqué vinrent  alors  se  souder  à  celles  du  xiii"  siècle. 
Un  couloir  voûté  qui  passe  entre  les  anciennes  piles 
du  viaduc  primitif  permet  d"y  pénétrer,  mais  au 
xiii^  siècle  ce  passage  aboutissait  à  deux  ponts  à 
bascule  destinés  aux  défenseurs  ({ui  voulaient 
passer  dans  l'intérieur  de  la  barbacane  sans  faire 
ouvrir  la  grande  porte. 

*  Dictionnaire  d  architt-ctitre,  t.  VII,  p.  3a2-335. 

*  On  en  voit  trois  arcades  eu  tiers-point  dans  le  verger  du  com- 
mandant Mangard. 

■*  Cf.  5Iandat  de  paiement  du  2  janvier  i.')52,  publié  par  De  L  Epi- 
nois.  Histoire  de  la  ville  et  des  sires  de  Couctj,  p.  374. 


PORTE    DE    LAUN  35 

Le  plan  de   la   porte  se  coiiqjose  d'un   rectangle 


Porte  de  Laon 
Coupe  transversale. 


VioUotl.'-Dur  .!.• 


(lan([U('  (le  deux   tours  en  liéniicyele  du  cùlé  exté- 


36  L.v   VI  1,1, i;   \)E  coucv 

rieur.  \h\  lon^-  passage  voùlé  en  berceau  brisé  et 
précédé  d'uu  pont-levis  cb)iinait  accès  dans  la 
ville.  Deux  arcliércs  s\)u\  raient  siii'  ce  coidoii-  (bi 
côté  de  l'orient  et  déboucbaienL  tlans  hi  salle  ronde 
inférieure  des  tours,  échiirée  par  deux  autres 
ouvertures  du  même  genre.  A  l'autre  extrémité, 
plus  large,  un  (vouloir  coutb'  pour  dissiniider  le 
nomljre  des  tléfenseurs  aboutissait  de  chaque  côté 
à  un  corps  de  garde  carré  en  ruines  surmonté 
d'un  j)lat'ond  de  l)ois  '  comme  toutes  les  autres 
salles  et  chaulle  par  une  cheminée.  Au-dessus  de 
ces  deux  pièces  et  du  passage,  une  grande  salle 
longue  de  22  mètres  et  large  de  8  mètres  pouvait 
servir  à  loger  les  hommes  du  poste.  Elle  était 
éclairée  à  l'ouest  par  cinq  fenêtres  à  linteau 
recoupées  par  un  meneau  vertical  :  on  y  montait 
par  deux  escaliers  à  vis-. 

Chaque  tour  ronde  était  divisée  en  ijiuitre  étages 
non  voûtés  au-dessus  d'une  cave  sans  aération. 
Les  archères  encore  intactes  très  longues  et  très 
étroites  à  l'extérieur  se  chevauchaient  pour  ne  pas 
affaiblir  les  murs  épais  de  5  mètres  à  la  base.  A 
l'intérieur,  elles  sont  encadrées  sous  des  arcs  en 
tiers-point.  La  chambre  qui  renfermait  le  treuil  des 
deux  herses  se  trouvait  au-dessus  du  passage 
entre  les  deux  tours  et  le  pont-levis  se  manœuvrait 
plus  haut  dans  le   môme   axe.    On  voit   encore  une 


'  Un  pilier  central  soulageait  la  portée  des  poutres. 

-  M.  Champion,  propriétaire  de  l'hôtel  de  la  Pomme  d  Or.  possède 
deux  curieuses  faitières  en  terre  cuite  vernissée  de  couleur  verte  qui 
proviennent  de  la  toiture  de  la  porte  de   Laon. 


TOURS    DK    l'enceinte  ^J 

sablière  courbée  sur  les  corbeaux  profilés  en  quart 
de  rond  qui  dominent  l'entrée.  C'est  un  débris  des 
hourds  en  bois  qui  contournaient  le  sommet  des 
tours  sous  leur  toit  conique,  suivant  la  disposition 
adoptée  également  par  le  constructeur  du  château, 
mais  comme  les  marques  de  tâcherons  diflerent, 
il  est  évident  (jiie  la  porte  et  le  château  ne  furent 
pas  élevés  par  les  mêmes  ouvriers. 

A  droite  de  la  porte  de  Laon,  on  remarque  une 
grosse  tour  ronde  qu'on  peut  visiter  en  traver- 
sant le  jardin  du  commandant  Mangard  toujours 
aimable  pour  les  archéologues.  Elle  fut  ajoutée  au 
xiii"  siècle  de  chaque  côté  d'un  rempart  déjà  bâti, 
car  la  salle  du  rez-de-chaussée  est  coupée  en  deux 
par  un  mur  de  refend  à  talus  extérieur.  Du  côté  de 
la  ville,  une  salle  carrée  voûtée  en  berceau  avec 
mar(]ues  de  tâcherons  communique  par  une  porte 
avec  un  hémicycle  recouvert  de  six  branches 
d'ogives  aux  angles  abattus.  Plus  loin,  à  l'angle 
nord-est  de  l'enceinte,  se  trouve  la  tour  éventrée 
par  la  mine  pendant  le  siège  de  i652. 

Deux  autres  portes  donnaient  accès  dans  la  ville. 
Au'sud,  la  porte  de  Soissons,  s'ouvre  dans  un 
angle  rentrant  sous  un  arc  brisé  au  pied  d'une 
grosse  tour  rondo.  Au  nord-ouest,  une  porte  mo- 
derne a  remplacé  l'ancienne  [)orte  de  Chauny  ou 
de  Gommeron  aujourd'hui  bouchée  et  flanquée 
d'une  petite  tour.  Des  marques  de  tâcherons  pro- 
fondément gravées  (;omnie  celles  du  château  sont 
visibles  sur  certaines  |)arties  de  l'enceinte,  mais 
(il  les  l'ont  défaut  sur  d'au  Ire  s  uuiis  sans  qu'on  jiuisse 


38  LA     NII.I.K    ])K    COUCY 

conclure  à  un  remaniement.  L'épaisseur  des  rem- 
parts atteint  lo  à  12  mètres  à  droite  et  à  gauclie 
de  la  porte  de  Laon,  mais  comme  plusieurs  salles 
sont  comblées  ou  murées,  il  est  difficile  de  dater 
ces  renforcements  successifs  qui  sont  uulifjués  j)ar 
des  hachures  sur  le  plan  de  la  ville. 

Toute  la  ville  de  (^oucy  est  bâtie  sur  des  caves 
à  plusieurs  étages  qui  sont  d'anciennes  carrières 
aménagées  par  les  habitants.  Celles  qui  se  trou- 
vent dans  le  voisinage  de  la  grande  place  aboutis- 
saient au  puits  principal  pour  pouvoir  puisser  de 
l'eau  en  temps  de  guerre.  Une  galerie  creusée  par 
le  maréchal  d'Estrées  après  la  brèche  du  siège 
de  i().j2  traverse  la  ^ille  depuis  la  porte  de  Laon 
jusqu'au  chcàteau.  Elle  vient  se  relier  à  celle  qui 
passe  sous  la  partie  nord  de  la  basse-cour  dont 
M.  Colin,  gardien  du  château,  a  reconnu  l'existence. 
Une  autre  galerie  transversale  coupait  le  plateau 
en  avant  de  la  basse-cour. 

Il  faut  encore  signaler  une  grande  maison  du 
xiii''  siècle  près  de  la  porte  de  Soissons,  des 
maisons  qui  se  distinguent  par  leurs  pignons  en 
gradins  comme  celles  des  villages  du  Soissonnais, 
une  maison  voisine  de  l'hôtel  de  la  Pomme  d'Or 
dont  les  linteaux  de  fenêtres  sont  décorés  de 
motifs  du  style  flamboyant  et  l'hôtel  du  gouver- 
neur qui  renferme  d'intéressantes  collections  et 
des  souvenirs  de  Gabrielle  d'Estrées. 

Église.  —  L'église  du  xii*^  siècle  fut  presque 
entièrement  rebâtie  au  xiii'.  |)uis  au  xvi*"  siècle.  La 


ÉGLISE    PAROISSIALE  3g 

nef  gothique  comprenait  trois  larges  travées  dont 
il  reste  deux  piles  à  huit  colonnes  du  xiii''  siècle, 
mais  au  xvi"  siècle  les  grandes  arcades,  les  voûtes 
d'ogives  à  liernes  et  tiercerons  et  les  bas  côtés 
furent  reconstruits.  On  subdivisa  les  anciennes 
travées  par  des  piles  ondulées  très  minces  dont 
deux  furent  remplacées  par  un  support  rectangu- 
laire à  l'époque  moderne.  Le  chœur  à  cinq  pans  du 
xiii"  siècle  fut  revoùté  d'ogives  au  xvi"  siècle, 
comme  le  carré  du  transept  dont  les  piles  d'angle 
sont  du  xiii*^  siècle  sauf  les  chapiteaux.  Il  faut  attri- 
buer à  la  même  époque  d'élégants  fonts  baptis- 
maux en  marbre  noir  dont  la  cuve  octogone  ornée 
de  masques  et  de  feuillages  repose  sur  huit  colon- 
nettes. 

La  partie  centrale  de  la  façade  est  une  (euvre 
remarquable  de  la  seconde  moitié  du  xii'-"  siècle. 
Six  colonnettes  soutiennent  le  portail  en  plein 
cintre  :  Tune  de  ses  voussures  ornée  de  palmettes 
et  de  fruits  d'arum  encadre  un  tympan  moderne. 
Au-dessus  de  la  fenêtre  qui  s'ouvre  dans  l'axe  de 
la  nef,  six  arcatures  trilobées  et  un  oculus  tréflé 
entouré  d.e  bâtons  rompus  décorent  le  pignon. 


II 

BASSE-COUR  DU   CHATEAU 


Le  château  oc-cupe  rextréniité  orientale  du  pro- 
montoire escarpé  qui  forme  la  défense  naturelle  de 
Coucy.  Sa  vaste  basse-cour  ou  baille  forme  un 
hexagone  irrégulier  qui  ne  devait  pas  se  relier 
comme  aujourd'hui  à  l'enceinte  de  la  ville.  Au 
xiii"  siècle,  un  profond  fossé  creusé  entre  deux 
murs  avec  tours  d'angle  coupait  le  plateau  en 
avant  de  la  porte  de  la  ]jasse-cour.  Celle  porte 
était  sans  doute  reliée  par  un  viaduc  entre  deux 
ponts-levis  à  une  porte  de  ville  également  llanquée 
de  deux  tours  dont  il  ne  reste  plus  trace.  Si  j'ai  cru 
devoir  restituer  ce  tracé  sur  le  plan  primitif  de 
l'enceinte,  c'est  que  des  courtines  aux  deux  bouts 
du  fossé  auraient  rendu  sa  valeur  défensive  tout  à 
fait  illusoire.  En  outre,  la  planlalion  des  tours 
d'angle  nord-est  et  sud-est  de  la  basse-cour  prouve 
qu'elles  étaient  dégagées  sur  les  trois  quarts  de 
leur  circonférence,  comme  on  le  voit  sur  le  plan 
d'Androuetdu  Cerceau.  Les  murs(|uiviennentbuter 
contre  leur  parement  sont  relativement  modernes. 


PORTE    DE    LA    BASSE-COUR  /\  l 

fallait  fortifier  la   contrescarpe    pour  fermer  la 


l'OKTIÎ    DE    LA    BASSE-<:Ol.K 

ville  en   face   de   J'eiiUée   du    château,    sinon    l'eii- 
ceiiilc  aurait  clr  ouverte  sur  le  front  occidental. 


42  LE    CHATEAU     DE    COICY 

Porte  d'entrée.  —  La  porto  B  de  la  basse-cour, 
llaïKjiirc  clc  (k'iix  tours  en  ruines  et  désignée  sous 
le  nom  de  porte  ]Maître-Odon,  devait  ressembler  à 
la  porte  de  Laon  avant  sa  démolition  par  l'ingé- 
nieur Métezeau  en  i652.  C'est  une  œuvre  de  la 
première  moitié  du  xiii*^  siècle  dont  le  plan  primitif 
ne  comportait  peut-être  pas  des  corps  de  garde 
aussi  vastes.  La  longue  voûte  en  berceau  brisé  du 
passage  s'est  efFrondrée  :  elle  était  soutenue  par 
cinq  doubleaux  qui  retombaient  sur  des  corbeaux 
moulurés.  Au  revers,  c'est-à-dire  à  Touest,  un  arc 
en  tiers-point  encore  intact  encadre  la  porte  der- 
rière la  rainure  d'une  herse.  Ses  deux  rangs  de 
claveaux  nus  sont  appareillés  sous  un  cordon  de 
fleurs  à  sept  pétales  qui  accuse  une  période  peu 
avancée  du  xiii"  siècle,  comme  le  cavet  des  tailloirs. 
De  chaque  coté  du  passage,  deux  arcatures  en 
tiers-point  sans  moulures  s'appuient  sur  des  pi- 
lastres de  grès,  mais  au  xiii''  siècle  ces  arcades 
aveugles  étaient  au  nombre  de  quatre  à  droite  et 
à  gauche. 

On  voit  encore  une  amorce  du  parement  arrondi 
de  la  tour  du  sud.  L'autre  tour,  éventrée  par  la 
mine,  conserve  sous  une  petite  voûte  en  berceau 
brisé  l'amorce  d'une  feuillure  de  j)orte  qui  donnait 
accès  dans  une  salle  ronde  voûtée  d'ogives  en 
amande.  En  arrière,  on  pénètre  à  l'ouest  dans  un 
corps  de  garde  par  une  porte  dont  le  linteau 
repose  sur  deux  consoles  moulurées.  Cette  pièce 
qui  communiquait  avec  la  salle  ronde  de  la  tour 
est  recouverte  de  deux  voûtes  d'oufives  sans  for- 


TOURS    DE    LA.    BA.SSE-COUR  4>^ 

merels  dont  le  tore  aminci  repose  sur  des  con- 
soles mutilées.  Deux  doubleaux  en  tiers-point, 
ornés  d'un  filet  entre  tleux  boudins  et  reliés  par 
une  voûte  en  berceau  brisé,  séparent  les  deux 
croisées  d'ogives  pour  éviter  la  retombée  d'un  arc. 
dans  l'axe  des  portes.  Le  corps  de  garde  du  sud 
est  démoli,  mais  l'amorce  de  ses  ogives  et  les 
corbeaux  qui  les  soutiennent  sont  encore  visibles. 

Tours  de  la  basse-cour.  —  Le  t-ôté  nord  de  la 
basse-cour  est  beaiuoup  moins  bien  défendu  que 
la  lace  méridionale.  E)i  parlant  de  la  grosse  tour 
nord-est  du  cliàteau,  on  rencontre  d'abord  une 
large  brèche,  puis  le  rempart  garni  de  marques  de 
tâcherons  du  xiu'^  siècle  forme  un  pan  coupé  percé 
d'une  poterne.  Au  point  oii  Androuet  du  Cerceau 
indi(|uc  une  tour  tl'anglc  dont  je  n'ai  pu  retrou- 
ver aucune  trace,  des  corljeaux  devaient  soutenir 
une  bretèche.  Le  mur  ;i  talus  suit  une  ligne  droite 
de  loo  mètres  ;  ses  assises  dépourvues  de  marques 
de  tâcheron,  se  décrochent  à  l'extrémité  occiden- 
tale en  formant  un  angle  obtus  avec  le  rempart 
primitif.  Il  rie  faut  pas  en  conclure  que  le  front 
nord  fut  presque  entièrement  reconstruit,  car  les 
marques  de  tâcheron  font  également  défaut  sur 
les  tours  du  sud  qui  doivent  être  attribuées  au 
xiii"  siècle.  La  tour  d'angle  nord-est  A  de  la 
basse-cour  était  ronde,  mais  il  n'en  reste  plus 
qu'un  quart  engagé  dans  un  pan  coupé  moderne. 
Rebâtie  au  xiv'"  siècle  sur  son  talus  ])rimitif,  dé- 
collée  par  un    coup    de  mine  au  xvii'   siècle,  jniis 


44  LK    CHATKAU     DP:    COUCV 

remaniée  clans  sa  partie  liaule,  elle  iTolTrc  plus 
aiijoiii'criuii  aucun  intérêt. 

Au  sud-est,  une  tour  ronde  G  du  xiii*-'  siècle 
s'élevait  à  Tangle  de  la  baille,  en  face  de  celle  cjui 
est  encore  engagée  dans  le  niiirde  la  ville,  mais  le 
coup  de  mine  qui  en  a  détruit  la  moitié  a  lait  incli- 
ner l'autre.  La  brèche  fut  murée  plus  tard  et  défen- 
due par  une  échauguette  sans  caractère.  A  la  suite, 
le  rempart  du  xiii^  siècle  se  distingue  par  ses  tours 
rondes  antérieures  à  celles  du  château  et  plus 
rapprochées  que  celles  de  la  ville.  Elles  sont  au 
nombre  de  cincj  jus(ju"au  retour  d'angle  de  l'en- 
ceinte :  leurs  étroites  arclières  forment  à  l'exté- 
rieur de  longues  fentes  dans  le  parement,  mais  leur 
couronnement  a  disparu. 

A  l'angle  sud-est  de  la  basse-cour,  on  a  creusé 
vainement  jusqu'aux  fondations,  en  i865,  pour 
découvrir  les  restes  des  gens  de  guerre  du  comte 
de  Saint-Paul,  enfouis  dans  une  galerie  de  mine  en 
i4ii.  En  partant  de  ce  point,  on  pénètre  d'abord 
dans  une  salle  ronde  de  la  seconde  tour  D.  Sa 
voûte  d'oofives  aux  arêtes  abattues  est  très  gros- 
sière  :  la  clef  se  compose  dune  pierre  carrée  au 
lieu  d'être  taillée  en  croix.  Les  nervures  viennent 
s'engager  dans  le  mur  au  niveau  des  retombées. 
Trois  archères  recouvertes  de  linteaux  en  saillie 
les  uns  sur  les  autres  éclairent  la  pièce.  On  monte 
au  second  étage  recouvert  d'un  plancher  par  un 
escalier  qui  suit  la  courbe  de  la  tour. 

La  troisième  tour  E,  qui  remonte  également  au 
premier  quart  du  xiii"  siècle,  ne  diffère  de  la  pré- 


TOURS    DE    LA    BASSE-COLR  ^5 

cédente  que  par  deux  grandes  arcatiires  en  plein 
cintre  soutenues  par  des  pilastres  au  revers  du  mur 
intérieur.  Les  ogives  plates  de  la  voûte  aux  angles 
abattus  et  les  archères  à  linteau  sont  du  même  type, 
mais  les  marches  de  l'escalier  courbe  portent  sur 


TOUIIS    DE    LA    BASSE-COUK 


un  chanfrein  (|ni  se  décroche,  comme  dans  le  don- 
jon. La  tour  suivante  F  conserve  sa  voûte  d'ogives 
et  (juatre  archères,  mais  dans  la  (juatriéme,  dési- 
gnée sur  le  plan  par  la  lettre  G,  les  nervures  de 
même  profil,  à  clef  cruciforme,  retombent  sur  des 
culots  moulurés.  Les  archères  pins  hautes  et  plus 
larges  sont  surmontées  de  cin(j  linteaux.  Un  esca- 
lier à  vis  coiidiiil  an  second  étage.  Il  est  donc  cer- 


46  LK    CIIATKAU    DK    COlCY 

tain  que  les  murs  de  la  baille  furent  bAlis  en  allant 
de  l'est  à  l'ouest.  Les  trois  pi-emières  tours  intactes 
sont  les  plus  anciennes  de  toute  l'enceinte. 

La  porte  de  la  sixième  tour  M,  qui  défend  l'angle 
sud-ouest  de  la  basse-cour,  est  amortie  par  un 
tympan  monolithe  sous  un  arc  de  décharge  en  j)lein 
cintre.  Les  deux  étages  reliés  par  un  escalier  a  vis 
étaient  voûtés  d'ogives  retombant  sur  des  consoles 
moulurées.  L'épaisseur  des  murs  atteint  2'", 35.  Les 
quatre  archères  à  linteau  du  second  étage  où  l'on 
pouvait  accéder  directement  par  une  j)orte  et  une 
échelle  sont  surmontées  d'un  arc  de  décharge,  ce 
qui  indi([ue  un  nouveau  progrès.  Après  cette  tour 
très  saillante,  le  mur  de  la  baille  fait  un  coude  pour 
rejoindre  la  grosse  tour  sud-est  du  château.  Ce 
front  est  défendu  par  deux  tours. 

La  septième  tour  I  n'a  pas  le  même  plan  que  les 
précédentes,  car  la  salle  basse  voûtée  d'ogives  a  la 
forme  d'un  hémicycle  fermé  par  un  mur  tiroit.  On 
y  entre  par  une  porte  à  linteau  tréllé  dont  l'an;  de 
décharge  est  en  plein  cintre.  Un  escalier  à  vis  des- 
sert le  second  étage  dont  la  porte  sur  la  cour  et 
les  archères  présentent  la  même  disposition  que 
dans  la  tour  H. 

Entre  cette  tour  et  la  suivante  J  dont  la  voûte 
d'ogives  et  l'escalier  à  vis  sont  en  ruines  s'ouvre 
une  poterne  en  tiers-point  précédée  d'une  archi- 
volte en  plein  cintre.  A  côté,  deux  arcs  de  décharge 
plus  ou  moins  enterrés  sont  surmontés  de  deux 
rainures  qui  semblent  destinées  à  recevoir  les  bras 
d'un  j)ont-levis  intérieur.  La  tour  Iv.  tombée  dans 


CHAPELLE    DE    LA    BASSE-COUn  4" 

le  fossé,  devait  ressembler  à  toutes  celles  du  front 
sud  de  la  basse-eour.  Plus  loin,  après  une  autre 
poterne,  le  mur  de  la  baille  vient  rejoindre  la  cour- 
tine qui  relie  la  grosse  tour  sud-est  du  château  à 
la  chemise  du  donjon. 

Chapelle  romane.  —  La  Jjasse-cour  renferme, 
au  sud  de  l'allée  centrale,  lui  puits  %  et  près  de  la 
maison  du  gardien  les  fondations  d'une  chapelle 
romane.  Sa  nef  unique  et  son  transept  llantpié  de 
deux  absidioles  arrondies  n'étaient  pas  voûtés; 
mais  labside  en  hémicycle,  dépourvue  de  contre- 
forts, était  recouverte  dun  cul  tle  four  précédé 
d'une  voûte  en  berceau.  On  voit  la  trace  de  deux 
arcatures  de  chaque  coté  du  chœur  dans  la  partie 
droite.  La  base  de  Tune  de  leurs  colonnes,  encore 
intacte,  et  celle  des  six  colonnettes  du  portail  de 
la  façade,  permettent  tl'attriijuer  cette  chapelle  au 
xii^  siècle  et  non  pas  au  xi"  siècle,  comme  Viollet- 
le-Duc  le  prétend.  Cette  date  se  trouve  confirmée 
par  les  fragments  d'une  corniche  garnie  de  pal- 
mettes,  semblable  à  celle  de  l'église  de  Berzy-le- 
Sec,  près  de  Soissons,  et  par  les  débris  d'une  croix 
de  pignon  formée  de  cercles  découpés  à  jour, 
comme  à  liruyères-sous-Laon.  Trois  chapiteaux  à 
crochets,  du  xiu''  siècle,  retrouvés  dans  les  fouilles, 
et  posés  sur  une  pile  d'angle,  sont  peut-être  des 
témoins  d'un  remaniement  exécuté  dans  cette  cha- 
pelle,  au  XI II"  siècle. 

'  Le  comjjle  de    i  iSd-ijS;    mentionne    la    oonslruction    d'une  étable 
dans   la  basse-cour,  avee  de  vieux  nialiMiaux. 


III 
DESCRIPTION    DU    CHATEAU 


Date  de  la  construction.  —  Niollol-le-Diic  a 
voulu  limiter  la  durée  des  travaux  du  château  à 
cinq  ans,  de  1226  à  i23o,  d'a[)i'ès  les  prolils  et  le 
caractère  de  la  sculpture,  mais  cette  hypothèse  ne 
rej)ose  sur  aucun  fondement.  A  défaut  de  textes,  la 
science  archéologique  permet  de  distinguer  deux 
campagnes  dans  la  construction  de  la  basse-cour, 
et  deux  autres  pour  le  château  j)roprement  dit.  Je 
crois  que  le  donjon  fut  élevé  en  dernier  lieu  avec 
la  chapelle,  aussitôt  ai)rès  Tachèvement  de  l'en- 
ceinte, comme  le  prouve  le  style  avancé  des  figu- 
rines sculptées  sur  les  consoles  de  la  salle  basse. 
Le  profil  des  ogives  des  grosses  tours,  les  clefs 
de  voùle,  les  cliapiteaux  à  crochets,  portent  l'em- 
preinte du  style  en  usage  dans  la  première  moitié 
du  XI II"  siècle. 

Un  détail,  qui  a  son  importance,  permet  de 
rajeunir  quelque  peu  la  forteresse,  c'est  le  bec  des 
tailloirs  qui  n'était  pas  d'usage  courant  avant  1220 


TRAVAUX    DU    Mil''    ET    DU    XI V''    SIECLE  49 

environ.  Sans  doute,  on  en  voit  des  exemples  pré- 
coces à  la  cathédrale  de  Soissons,  dans  la  chapelle 
haute  du  croisillon  sud,  terminée  au  xiii''  siècle  et 
dans  le  rond-jioint  consacré  en  1212,  mais  à  Long- 
pont,  dont  réglisc  abbatiale  fut  livrée  au  culte  en 
1227,  le  plan  carré  des  tailloirs  persiste.  Par  contre, 
à  Ilovauiuont  où  la  dédicace  de  léglise  eut  lieu  en 
i2'35,  les  tailloirs  dn  ])as  coté  sud  encore  en  place, 
présentent  un  bec  caractéristique,  comme  dans  les 
tours  de  Coucy.  En  outre,  la  corniche  à  crochets 
du  donjon  est  identique  à  celle  qui  fut  refaite 
au  chevet  de  Xolre-Dame  de  Paris  vers  1240. 

11  est  donc  ])robable  (\[\r  la  ]>ériode  de  grande 
activité  des  chantiers  dul  plutôt  correspondre  au 
second  quart  qu'au  premier  quart  du  xiii'  siècle. 
Ces  observations  techniques  sont  daccord  avec  la 
tradition  qui  attribue  à  Enguerrand  III  l'honneur 
d'avoir  construit  le  château,  car  le  gros  œuvre 
devait  être  terminé  (piand  il  mourut  en  1242. 

Nous  sommes  l)eaucoup  mieux  renseignés  sur 
l'époque  du  remaniement  des  bâtiments  d'habita- 
tion, grâce  à  un  registre  des  comptes  de  la  chà- 
tellenie  de  Coucy,  commencé  le  i'''  octobre  i38G  et 
terminé  le  3o  septembre  1387  \  Ce  précieux  docu- 
ment, écrit  de  la  main  de  Jean  Plançon,  receveur 
d'Enguerrand  MI,  a  été  récemment  vendu  par  un 
libraire  de  Caen  à  ]M  Lucien  Broche,  archiviste 
départemental,  qui  Ta  fait  entrer  dans  les  archives 
de  l'Aisne. 

*  Ce  registre,  en  assez  mauvais  état,  se  coniposail  do  i6S  fcuillots, 
mais  il  en  manque  20.  Sa  eiilc  jjrovisoirc  est  E.  O72. 


5o  LE    CH.VTEW    DE    COUCY 

Plusieurs  mentions  y)r()uvenl  qu'on  arhevait  à 
cette  époque  la  salle  des  Preux  et  la  salle  des 
Preuses,  après  avoir  exhaussé  les  courtines  avec 
des  pierres  provenant  des  carrières  de  Xeuville- 
sur-Margival  et  de  Courval.  La  porterie  et  les  bâti- 
ments adossés  au  mur  du  nord  furent  sans  doute 
également  Tœuvre  des  architectes  d'Enguer- 
rand  VII  secondés  par  Jean  de  Cambrai  et  Robinet 
Carême,  maîtres-maçons  de  Coucy.  En  tout  cas,  il 
faut  rapporter  à  la  campagne  de  1386-138-  la  che- 
minée du  boudoir  de  la  salle  des  Preuses,  réta- 
blissement d'un  cachot,  à  l'ouest  du  grand  cellier, 
pour  «  gésir  Bonnifface  et  Guedon  »  \  la  restaura- 
tion des  arcades  aveugles  du  premier  étage,  et  le 
remplacement  de  la  voûte  de  cette  salle  par  un 
plancher  dans  la  tour  nord-ouest,  la  caijtation  dans 
un  réservoir  de  la  source  qui  jaillit  au  pied  de  la 
chemise  du  donjon,  la  pose  de  conduits  pour  éva- 
cuer les  eaux  de  la  cuisine,  les  lambris  du  plafond 
de  la  galerie  de  la  chambre  aux  Aigles  et  de  l'ora- 
toire voisin  des  «  chambres  neuves  »,  la  réparation 
des  charpentes  et  de  toutes  les  toitures  avec  des 
tuiles  de  Pinon,  et  la  décoration  du  parloir  contigu 
à  la  salle  des  Preuses  par  trois  peintres  de  Paris. 
La  note  gaie  est  fournie  par  des  dépenses  de  vitre- 
rie causées  par  les  ébats  du  singe  d'Isabelle  de 
Lorraine,  femme  d'Enguerrand  YIIv  Malgré  l'opi- 

'  Ce  cachot  se  trouvait  sous  le  trésor. 

-  Uuit  charpentiers,  deux  menuisiers,  un  couvreur,  un  verrier,  un 
plombier  et  deux  serruriers,  cités  dans  les  comptes,  furent  employés 
à  ces  travaux.  Us  étaient  originaires  de  Goucy,  de  La  Fère,  de  Laon 
et  de  Soissons. 


PLAN    ET    APPAREIL  5l 

nion  de  Viollct-le-Due,  ces  importants  travaux  ne 
doivent  plus  être  attribués  à  Louis  d'Orléans,  qui 
se  rendit  acquéreur  de  la  baronnie  en  i4oo. 

Plan  et  appareil.  —  Le  château  proprement  dit 
forme  un  quadrilatère  irrégulier,  flanqué  de  quatre 
tours  d'angle,  et  dominé  parle  château,  qui  s'élève 
au  milieu  de  la  face  orientale.  Le  front  nord  mesure 
92"', 45^  entre  les  tours;  le  coté  ouest  35  mètres;  la 
face  du  midi  5o"\(So  ;  et  le  front  est  88  mètres.  C'est 
grâce  à  une  vue  cavalière  dessinée  par  Androuet 
du  Cerceau,  avant  1076,  que  nous  pouvons  nous 
faire  une  idée  de  l'aspect  du  château  à  cette  époque. 
Viollet-le-Duc  s'est  borné  à  tirer  un  heureux  parti 
de  cette  perspective  ;  mais  il  aurait  dû  prévenir  ses 
lecteurs  (jue  son  croquis  représente  le  château  non 
pas  au  xiiT'  siè(de,  comme  on  se  l'imagine,  mais  au 
xvi"  siècle.  En  elfet,  vers  1200,  je  suis  persuadé 
qu'il  n'y  avait  aucun  bâtiment  au  revers  de  la  porte 
et  du  mur  nord,  mais  seulement  des  arcades  en 
tiers-point  destinées  à  porter  un  large  chemin  de 
ronde.  La  cour,  bordée  par  des  logements  à  l'ouest 
et  au  sud  où  la  chapelle  faisait  une  saillie  prononcée 
sur  la  grande  salle,  occupait  donc  une  superficie 
plus  grande  au  xui"^  siècle  qu'au  xvi*^  siècle. 

La  pierre  cah-aire,  à  gros  grain  parsemée  de 
coquillages,  (jui  a  servi  à  construire  le  château, 
provient  des  carrières  de  la  ville  et  du  plateau. 
Certaines  assises  atteignent  i"\34  et  même  i^iQo; 
mais  leur  longueur  moyenne  est  de  o",8o.  L'épais- 
seur des  lits  varie  de  o"',33  à  o"',4o.  Les  dalles  qui 


D2  LE    CHATEAU    DE    COUCV 

recouvrent  des  couloirs  mesurent  souvent  i  mètres 
(le  longueur  et  i  mètre  de  largeur  sur  [\o  centi- 
mètres d'épaisseur.  J'ai  relevé  des  linteaux  épais 
de  o'",6o,  des  claveaux  de  o"',5o,  des  murs  de  3  à 
5  mètres  à  la  base  des  tours. 


+ 


M   %i 


a  V  I 


Marques   de  taciikko.ns   du  xiii''   pikcle 

L'appareil  est  donc  plus  grand  que  dans  les 
églises  du  xiii'^  siècle.  Les  marques  de  tâcherons  si 
nombreuses  dans  le  château  et  si  rares  dans  la 
basse-cour,  présentent  une  soixantaine  de  types 
différents  qui  correspondt'nl  ;iii  ]iom])re  des  tail- 
leurs de  pierre  pour  les  i)areiueiils.  Un  peut  dis- 
tinguer du  premier  coup  d'œil  une  assise  du 
xiiT  siècle   dune  pierre  mise*  v\\    jilacc   à  la  fin  àw 


SOUTERRAINS  53 

XIV''  siècle  dans  la  salle  des  Preux  ou  dans  la  salle 
des  Preuses  ;  car  les  signes  les  plus  anciens  sont 
gravés  très  profondément. 

Souterrains.  —  Il  faudrait  entreprendre  des 
fouilles  très  coûteuses  [)our  tracer  le  plan  des  sou- 
terrains qui  facilitaient  les  communications  entre 
les  diverses  parties  du  château  et  qui  devaient  per- 
mettre de  prendre  l'ennemi  à  revers  au  dehors  de 
l'enceinte.  L'architecte  avait  pris  la  précaution, 
comme  on  le  lit  plus  tard  à  Pierrefonds,  de  n'en 
creuser  aucun  derrière  la  porte  d'entrée,  pour  que 
les  mineurs  rencontrent  un  terre-plein.  Au  revers 
du  mur  nord  de  la  cour,  un  escalier  à  vis  du 
xiv°  siècle,  établi  après  coup,  descend  dans  un 
souterrain  du  xiii''  siècle  voûté  en  berceau  qui  se 
rétrécit  près  d'une  rainure  de  herse  et  qui  conduit  à 
la  cave  circulaire  de  la  tour  nord-est.  Cette  galerie 
qui  se  continuait  jadis  à  l'ouest  était  recoupée  au 
bas  de  l'escalier  par  un  autre  souterrain  partant  de 
la  courtine,  comme  l'indique  une  bouche  d'aérage. 

Sous  la  salle  des  Preux,  à  l'est,  un  bel  escalier 
droit,  encadré  par  des  archivoltes  en  plein  cintre 
qui  forment  un  ressaut  au-dessus  de  (;ha([ue 
marche,  comme  à  l'entrée  des  caves  de  Pontoise, 
de  Senlis,  de  Noyon,  d'Elincourt-Sainte-Marguerite 
(Oise),  et  du  château  de  Pierrefonds,  conduit  dans 
une  cave  encore  intacte.  Ses  deux  galeries  paral- 
lèles, voûtées  en  berceau  brisé,  communiquent  par 
des  arcades  en  plein  cintre,  et  dans  la  seconde  une 
porte  donne  accès  dans  la  salle  basse  de  la  tour 


54  LK    CHATEAU    1)K    COUCY 

sud-est.  Vers  la  droilc,  les  lits  d'assises  du  pare- 
ment ne  se  raccordent  pas,  mais  Jidenlité  des 
marques  de  tâcherons  permet  de  con(dure  à  une 
erreur  d'appareil  plutôt  qu'à  deux  constructions 
d'âge  diderent.  A  l'extrémité  occidentale,  un  esca- 
lier du  XIV''  siècle  aboutit  au  rez-de-chaussée  de  la 
salle  des  Preuses.  M.  Colin,  gardien  du  château,  a 
trouvé  d'autres  amorces  de  souterrains  qui  s'en- 
foncent dans  le  sol  aux  deux  extrémités  de  ces  gale- 
ries, mais  les  caves  des  tours  nord-ouest  et  sud- 
ouest  n'étaient  pas  desservies  par  des  couloirs 
inférieurs,  car  on  n'y  voit  aiuune  trace  de  porte. 
Est-il  besoin  d'ajouter  que  les  prétendus  souter- 
rains, qui  auraient  relié  au  cdiâteau  les  abbayes  de 
Nogent  et  de  Prémontré,  n'ont  jamais  existé  que 
dans  l'imagination  des  romanciers? 

Porte  d'entrée. —  Un  dessin  d'Androuet  du  Cer- 
ceau donne  une  idée  des  défenses  extérieures  de  la 
porte  d'entrée.  Pour  franchir  le  fossé,  large  de  vingt 
mètres,  il  fallait  passer  sous  deux  portes,  en  tra- 
versant un  pont  de  bois  à  deux  bascules  qui  repo- 
sait sur  des  massifs  de  maçonnerie  et  sur  les  piles 
de  deux  petits  corps  de  garde  isolés.  En  iSiiC), 
leurs  débris  furent  enfouis  sous  le  remblai  actuel. 
Le  parement  extérieur  de  la  porte  est  arraché, 
mais  on  voit  encore  de  chaque  coté  les  rainures 
des  trois  herses  qui  glissaient  entre  des  arcs  en 
tiers-point.  Au  xiii"  siècle,  la  porte  était  flanquée 
au  revers  de  deux  grandes  arcades  en  tiers-point; 
celle  de    «auche    encadre    une   archère  :    celle   de 


PORTE    D  EINTREE 


55 


droite,  à  mur  plein,  fut  convertie  en  logement  à 
l'époque  moderne.  Je  suis  persuadé  que  le  corps 
de  garde,  désigné  par  la  lettre  H  sur  le  plan  de 
VioUet-le-Duc,  et  dont  il  reste  les  substructions, 
fut  une  addition  de  la  lin  du  xiv''  siècle,  car  il  est 


évident  que  les  [)iédroits,  les  écoinçons  et  les  cla- 
veaux des  arcades  n'étaient  pas  destinés  à  être 
englobés  dans  un  bâtiment  quelconque.  A  son 
point  de  rencontre  avec  la  chemise  du  donjon,  le 
mur  ne  présente  aucune  trace  de  collage,  mais  au 
niveau  du  sol  on  voit  la  feuillure  d'une  |)ort(^ 
relancée  dans  les  assises  primitives  et  l'ouverture 
d'une  fosse  d'aisances  rectangulaire  appli(juée 
après  coup  contre  le  parement  du  fossé. 

A  gauche  de  l'entrée,  le  sommier  d'une  branche 
d'oo-ives  aux  arêtes  abattues  vient  s'incruster  dans 


Ot»  LE    CHATEAU    DK    COUCY 

les  claveaux  de  l'arcade  aveugle,  déjà  signalée. 
Comme  le  profil  de  la  nervure  est  identique  à  ceux 
des  voûtes  faites  vers  1385,  sous  les  salles  des 
Preux  et  des  Preuses,  de  Test  à  l'ouest,  il  faut  en 
conclure  que  le  corps  de  garde  carré,  divisé  par 
quatre  piles  centrales  en  neuf  travées  et  recouvert 
de  croisées  d'ogives,  avait  été  ajouté  à  la  môme 
époque.  L'architecte  du  xiii"  siècle  avait  calculé 
que  la  porte  de  la  basse-cour  suffirait  à  tenir  en 
échec  l'assaillant.  D'ailleurs  l'ennemi  (|ui  aurait 
voulu  forcer  l'entrée  du  château  se  serait  lait 
écraser  par  les  projectiles  lancés  du  haut  du  don- 
jon et  de  la  grosse  tour  nord-est.  11  était  donc 
inutile  d'adopter  la  même  disposition  qu'à  la  porte 
de  Laon,  mais  une  chambre  de  manœuvre  des 
herses  devait  s'élever  au  milieu  de  la  courtine, 
défendue  par  une  Ijretèche. 


IV 
TOURS  D  ANGLE 

Tour  nord-est.  —  A  coté  Je  la  porte  du  château 
s'élève  une  g-rosse  tour  ronde  O  dont  le  diamètre 
extérieur  est  de  dix-neuf  mètres.  La  salle  circulaire 
du  sous-sol,  voûtée  par  six  ogives  aux  arêtes  abat- 
tues qui  retombent  sur  des  consoles,  est  enclavée 
par  deux  archères  à  linteaux  superposés.  On  y  accé- 
dait par  une  porte  en  plein  cintre  au  bout  du  sou- 
terrain déjà  signalé,  qui  longe  la  courtine  du  nord. 
Aurez-de-chaussée,  une  porte  à  linteau  précède  une 
voûte  en  berceau  brisé  qui  vient  buter  contre  deux 
grandes  dalles.  Dans  ce  couloir  venait  déboucher 
l'escalier  à  vis,  dépourvu  de  marches,  qui  condui- 
sait directement  à  la  plate-forme  supérieure  '.  La 
salle  hexagone  est  recouverte  par  six  nervures  en 
amande  (}ui  se  réunissent  autour  d'une  clef  à 
feuillage  et  ([ui  s'appuient  sur  de  courtes  colon- 
nettes.   Les   crochets    de   leurs   chapiteaux  se   re- 

'   Viollét-lf-Dvir  a  mal  planté  Ip^  latiines  de  <«>tte  toiii'. 


3o  ^         LE    CHATEAU    DE    COUCY 

courbent  sous  des  tailloirs  à  bec  moulurés.  Les 
forinerets  à  claveaux  nus  encadrent  de  larges  niches 
en  tiers-point.  A  roncst.  une   fenêtre  de  la  mémo 

forme,  avec  glacis 
en  escalier,  s'ouvre 
dans  le  mur,  épais 
de4"\8o.  Un  couloir 
coudé,  éclairé  par 
une  archère,  con- 
duit à  des  latrines 
dont  la  fosse,  très 
profonde,  se  com- 
pose d'un  puits  rond 
surmonté  d'un  puits 
carré. 

Au  premier  étage, 
la  voûte  s'est  écrou- 
lée ;  mais  on  voit 
morce  de  l'une 
des  six  ogives  à  tore 
aminci.  Cette  salle, 
a  six  pans,  commu- 
n  i  q  u  a  i  t  par  u  n  e 
porte  avec  la  cour- 
tine du  nord.  Ses 
ofrandes   niches   en 


Cn.i 


'  A  Venlve  del. 

iti:au  de  la   tolr   nokd-est 


tiers-point,  ses  cinq 
archères,  sa  cheminée  et  ses  latrines  sont  encore 
intactes.  Le  dernier  étage,  hexagone,  n'était  pas 
voûté  :  ses  niches  au  nombre  de  six,  ne  corres- 
pondaient pas  aux  précédentes  pour  donner  plus 


TOUR    NOHD-EST  Sg 

(le  solidité  à  la  luaronnerie.  La  toiture  reposait  sur 


Couhh.m;   et   tour   nokd-i:st 

un  Miur  ciiculaiie  percé  de  ])aies  à    linteau,  et  les 


6o  LK    CIIATKVU    DE    COLCY 

lioiirds  de  bois  ])i'enaient  leur  point  d'appui  sur  de 
^ros  corbeaux  de  pierre,  dont  le  prolil  est  formé 
(le  (|uatre  (piarts  de  rond,  comme  au  sommet  du 
donjon. 

Musée  lapidaire.  —  Le  déblaiement  des  ruines 
a  permis  de  recueillir,  dans  la  salle  du  rez-de- 
chaussée  de  cette  tour,  des  sculptures  très  intéres- 
santes, comme  un  chapiteau  du  xii®  siècle,  à  larges 
feuilles  recourbées  en  volutes.  (|ui  devait  orner  une 
salle  du  château  roman,  et  (jui  couronnait  une 
colonne  isolée.  Une  large  clef  de  voùle,  du  xiii"^  siè- 
cle, dont  le  trou  central  est  entouré  d'une  guirlande 
de  feuillages,  provient  de  la  chapelle  gothique, 
comme  le  prouvent  les  amorces  de  ces  quatre 
branches  d'ogives,  tandis  que  deux  clefs  à  six  ner- 
vures faisaient  partie  des  voûtes  dans  les  grosses 
tours.  Deux  grosses  gargouilles,  à  tète  d'animal 
et  des  débris  des  ({uatre  pinacles  terminés  par  un 
fleuron  sortant  d'un  cercle  de  boules,  qui  se  trou- 
vaient jadis  au  sommet  du  donjon,  méritent  d'attirer 
l'attention  avec  un  personnage  assis,  les  jambes 
croisées,  qui  décorait  un  sommier  de  la  voûte 
d'ogives  du  rez-de-chaussée. 

Trois  lions  mutilés  du  xiii'' siècle,  dont  l'un  dévo- 
rait un  enfant  et  l'autre  un  chien,  portaient  sur  leur 
dos  une  table  de  pierre  (|ui  servait  de  siège  à  un 
autre  lion  assis.  C'était  l'ancien  perron  dessiné  par 
Androuet  du  Cerceau,  oii  les  vassaux  des  sires  de 
Coucy  juraient  foi  et  hommage  à  l'entrée  du  châ- 
teau. «  Devant  ladite  figure,  dit-il,  se  paye  certain 


MUSÉE     LAPIDAIRE  6l 

((    tril)iit  par  les  voisins  (\u   lieu,  scavoir  est  (pTils 
«   sontteniis  envoyei'  loiisles  ans  un  rustique,  ayant 


A  <Ii 


Ml  SKI,   i..\i'iL).\ii;i:.   —  Sci  i.i'Ti  i;i;s  du  xn*"  sii-.cle 
le,   trios  (l'un  Proiix  cl  d  uiio  Proust'  provenant  des  clieminéep 


«  en  sa  jnain  un  fouet,  pour  sonner  cFiceluy  trois 
«  (îoups  :  avec  ce  une  liotle  pleine  de  tartres  et  gas- 
«    teaux  (pTil  ('aiilt  (pTil  dislrihuc  aux  seigneurs  de 


02  LE    CHATKAU    DK    COUCY 

«  là  ».  La  redevance  do  quarante  rissoles  par  l'abbé 
de  Nogent  donnait  lien  à  une  bizarre  cérémonie. 

Une  petite  gargouille,  des  cliapileaux  à  crocliets, 
des  (carreaux  vernissés,  des  boulets  de  pierre  et 
de  fonte  complètent  cette  collection  ainsi  que  les 
têtes  d'un  Preux  et  d'une  Preuse  qui  ornaient 
au  xiv"  siècle   les  cheminées   des   salles  du  même 


Ante  leonis  hvivs 

STA.TVAM    FlDEl-ITATIS 
IVR.A    PB.j^STANTVR_ 


Covvssi 
Devant  la  fiovre  de  ce 
LION  se  paie  lhommage 


Aiuliouet  du  Cerceau  ilel. 


Ancien  perron  du  château 


nom  ;  des  figurines  et  des  chapitaux  de  la  même 
époque;  la  tombe  plate  d'un  bourgeois  de  Coucv, 
mort  en  iSgG.  Enfin,  il  faut  signaler  une  couleu- 
vrine  en  cuivre  à  six  pans. 


Tour  nord-ouest.  —  Les  trois  autres  tours  d'an'de 
oftrant  des  dis])ositions  à  peu  près  identiques  avec 
quelques  variantes,  il  serait  bon  de  les  visiter  suc- 
cessivement.   Celle    ilu    nord-ouest,    dite   du  Roi, 


TOUR    NOHD-OUEST  63 

renferme  une  cave  ronde  d'un  diamètre  inférieur  à 
celui  des  autres  salles  '.  Ses  ogives,  sans  moulures, 
au  nombre  de  six,  viennent  s'assembler  autour  d'un 
œil  central,  large  de  o'",8o,  qui  permettait  le  pas- 
sage d'un  homme  :  la  voûte  a  deux  mètres  d'épais- 
seur. On  ne  pouvait  descendre  dans  cette  cave 
qu'avec  un  treuil.  La  salle  hexagone  du  rez-de-chaus- 
sée, dont  les  murs  ont  2", 80  d'épaisseur,  était  voû- 
tée d'ogives,  car  on  voit  encore  les  amorces  des 
lunettes.  Une  profonde  arcade  en  tiers-point  fait 
corps  avec  chaque  pan  coupé,  comme  dans  les 
trois  autres  étages,  mais  toutes  ces  niches  sont 
désaxées  par  rapport  à  celles  qui  les  précèdent  ou 
qui  les  surmontent.  Les  archères  sont  au  nombre 
de  cinq,  à  cause  de  la  cheminée.  Il  est  difficile 
d'expliquer  pourquoi  cette  salle  est  dépourvue  de 
latrines  :  on  y  entre  de  plain-pied  avec  le  soubas- 
sement de  la  salle  des  Preuses. 

L'escalier  à  vis  s'interrompait  à  chaque  étage 
pour  obliger  les  hommes  d'armes  à  se  faire  recon- 
naître, en  traversant  les  salles.  Le  premier  étage 
communiquait  avec  la  courtine  par  une  porte  :  on 
voit  encore  les  corbeaux  qui  soutenaient  les  solives 
du  plafond,  car  la  voûte  de  cette  salle,  détruite 
par  un  incendie,  fut  supprimée  en  i386  quand  on 
restaura  les  niches,  comme  le  prouve  le  compte 
déjà  cité.  Un  plancher  séparait  le  second  et  le  troi- 
sième étage,  percés   d'archères,    et  chauftes    par 

*  La  coiijie  (le  celto  tour  N,  dessinée  par  VioUcl-le-Duc,  est  très 
inexacte.  Cf.  Uutionnairt-  d'architecliue,  t.  I\,  p.  Sj.  Son  diamètre 
est  de  i7'",:')o. 


64  LK    CHATEAU    DE    COUCY 

des  cheminées  Tous  les  nuiis  étaient  recouverts 
d'un  enduit  très  mime  p<'int  en  jaune  avec  faux 
joints  rouges.  Une  arclière  supérieure  lïit  trans- 
Ibrmée  en  fenêtre,  à  la  lin  du  xvi^  siècle.  Les  cor- 
beaux sont  semblables  à  ceux  que  j'ai  déjà  décrits. 

Tour  sud  ouest  \  —  La  salle  souterraine  de  cette 
t(Mii'  ^l.  vt)ùlée  d'ogives  et  dépourvue  de  toute  ouver- 
ture", est  identique  à  celle  de  la  tour  précédente  : 
elle  renferme  des  latrines.  La  voûte  du  rez-de- 
chaussée  est  également  intacte,  avec  ses  six  ner- 
vures en  amande  qui  retombent  sur  des  colon- 
nettes,  engagées  entre  les  cinq  profondes  niches 
et  la  cheminée  de  la  salle  hexagone.  On  y  pénètre 
en  passant  sous  un  linteau  surmonté  d'un  arc  de 
décharge.  Derrière  cette  j)orte,  à  droite,  s'ouvre  un 
couloir  voûté  en  berceau  brisé  qui  débouche  sous 
la  salle  des  Preuses.  A  gauche,  un  long  couloir 
coudé  conduit  à  des  latrines,  éclairées  par  une 
archère,  suivant  une  disposition  qui  n'existe  pas 
dans  les  autres  tours.  Vue  autre  dillerence.  c'est  que 
la  salle  du  rez-de-chaussée  et  celle  du  ])remier 
étage  ne  sont  pas  reliées  par  un  escalier  à  vis, 
parce  qu'on  pouvait  passer  de  la  salle  des  Preux 
et  de  la  salle  des  Preuses  dans  la  tour  du  sud-ouest. 

Le  second  étage,  voûté  d'ogives,  d'après  les 
amorces  des  compartiments  de  remplissage,  était 
éclairé  par  quatre  archères.  et  cliauiTé  par  une 
grande  cheminée.  A  coté,  on  voit  dans  l'épaisseur 

*  Sa  hauteur  est  de  44"", 5o  et  son  diamètre  extérieur  de   i8  mètres. 


TOUR    NOHD-OLEST 


65 


J'W.'II;       .'     ■'"   «V'"-— 'jSi ^"tS '^^ F''  gW» 


4^-4ii--^Q  v-n-li 


i^::;ft 


iSB-^    \iV.l:,^ 


A  Veutr 
(loUI'i;   DE   LA    TOUK   SLD-OUliST 


66  LE    CIIATEM      DE    COUCY 

du  mur  le  conduit  de  l'umée  de  la  salle  inférieure. 
A  ran,i;le  de  la  courtine  occidentale  et  de  cette 
tour,  des  latrines  en  encorbellement  pouvaient 
servir  au  besoin  de  mâchicoulis.  On  montait  au 
troisième  étage,  recouvert  d'un  plancher  de  lîois, 
par  une  cage  d'escalier.  La  clef  de  ses  niches  cor- 


Pliolo  Lefévre-Pontalis. 
ILR    SUD-OUEST 


respond  à  Taxe  des  piédroits  de  celles  du  second 
étage,  suivant  une  disposition  qui  se  répète  dans 
les  quatre  tours  d'angle.  Pour  arriver  sous  la 
toiture  conique,  au  niveau  des  hourds,  il  fallait 
gravir  un  escalier  de  bois. 


Tour  sud  est. 


En  descendant  dans  Tune  des 


TOUR    SUD-EST  67 

caves  situées  sous  la  salle  des  Preux,  on  pénètre 


l'iioto  Lcffvre  l'ouLalis. 


loLK   SI  D-i;ST 


dans    la   salle    souterraine   et   circulaire    de    cette 
tour  L  [)ar  une  porte  en  tiers-point,  suivie  d'une 


68  LE     CHATKAU    DE    COI CY 

herse  et  crune  porte  en  plein  cintre.  Le  couloir 
intermédiaire,  recouvert  de  linteaux,  (;omniunique 
avec  un  escalier  à  vis  qui  dessert  tous  les  étages. 
Six  branches  d'ogives  aux  arêtes  abattues  rayon- 
nent autour  de  la  clef  de  voûte,  et  viennent  rejoin- 
dre des  consoles  :  deux  archères  sont  })ercées  dans 
les  murs  épais  de  5"\2o.  Au-dessus  se  trouve  une 
salle  hexagone,  sans  archères  et  sans  cheminée, 
qui  était  voûtée  par  six  nervures  à  tore  aminci, 
dont  les  retombées  s'appuient  sur  des  chapiteaux 
à  crochets  et  des  colonnes  engagées.  Une  fenêtre 
s'ouvre  au  levant  au  fond  de  l'une  des  six  niches 
en  tiers-point,  et  les  latrines  sont  établies  sur  une 
fosse  carrée,  profonde  de  i8  mètres,  qui  s'élève 
au-dessus  d'un  puits  rond. 

Au  premier  étage,  on  voit  encore  des  amorces 
de  la  voûte  d'ogives,  les  niches  habituelles,  cinq 
archères  et  une  cheminée.  La  porte  à  linteau  s'ou- 
vrait à  l'extrémité  orientale  de  la  salle  des  Preux, 
en  avant  d'un  passage  coudé  qui  communiquait 
avec  l'escalier  à  vis.  En  traversant  la  cage,  on 
pouvait  circuler,  à  l'intérieur  d'un  gros  mur.  dans 
un  couloir  recouvert  de  grandes  dalles  (|ui  rejoi- 
gnait la  chemise  du  donjon.  Des  latrines  en  encor- 
bellement s'élèvent  dans  l'angle  rentrant  de  la 
courtine  méridionale,  comme  dans  les  tours  précé- 
dentes. Les  étages  supérieurs  sont  inaccessibles. 


V 
CORPS  DE  LOGIS 


Côté  nord.  —  On  voit  encore  dans  la  cour  les 
débris  des  treize  arcades  aveugles  en  tiers-point  qui 
retombaient  sur  des  contreforts  intérieurs  au  revers 
de  la  courtine  du  nord,  afin  d'élargir  le  chemin  de 
ronde.  Ce  système,  qui  devint  plus  tard  si  fréquent 
dans  Tarchitecture  militaire  du  midi  de  la  France 
et  dans  les  églises  fortifiées  de  la  même  région, 
apparut  dans  flle-de-France  autour  du  mur  d'en- 
ceinte du  château  de  Farcheville,  près  d'Etampes, 
construit  par  Hugues  de  Bouville,  sénéchal  de 
Philippe  Auguste.  L'architecte  du  château  de 
Coucy  eut  soin  de  monter  le  parement  supérieur 
du  mur  de  fond  après  le  décintrage  des  voussures, 
aliii  tic  remédier  aux  effets  du  tassement.  Les 
marques  de  tâcherons,  la  disposition  des  supports, 
le  champ  plat  de  quehjues  écoinçons,  suffisent  à 
prouver  ([u'au(uin  bâtiment  ne  venait  s'adosser  à 
la  courtine  du  nord,  au  xiii"  siècle. 

Vers  la   fin  du  xiv^    siècle,   comme   l'indiquent 


'JO  LE    CHATKM      DE    COUCY 

quelques  prolils  el  la  lî liesse  des  inarcjnes  de 
tàeheroiis,  on  éleva  la  porterie  et  un  corps  de  logis 
contre  la  même  courtine,  à  Tintérieur  de  la  cour. 
On  remplit  de  maçonnerie  la  plupart  des  arcades 
qui  se  trouvèrent  englobées  dans  de  petites  pièces 
à  solives  apparentes.  Trois  escaliers  ii  vis  desser- 
vaient Tunique  étage  ;  le  premier,  en  ])artant  de 
la  porte  du  château,  descend  dans  un  souterrain 
du  xiii''  siècle,  à  travers  la  voûte  ;  le  troisième 
s'élève  à  l'angle  du  bâtiment  delà  salle  des  Preuses. 
Ce  qui  est  extraordinaire,  cest  qu'Androuet  du 
Cerceau  figure  au  milieu  de  la  courtine  du  nord 
une  petite  tour  ronde  assez  saillante,  dont  il  est 
impossible  de  retrouver  la  trace  .  ^'iollel-le- 
Duc  l'indique  à  tort  sur  son  plan  ;  mais  il  suflit 
d'examiner  le  parement  extérieur  du  mur  ])our 
constater  l'absence  de  tout  collage  ou  dune 
brèche  rebouchée  :  on  n'a  jamais  relancé  aucune 
pierre  dans  les  assises  primitives.  Etait-ce  une 
œuvre  du  xiv-  siècle?  Je  n'en  sais  rien,  mais  j  af- 
firme qu'au  XIII-  siècle  il  n"v  avait  pas  de  petite 
tour  partant  de  fond  entre  les  deux  grosses  tours 
du  nord. 

Côté  ouest.  —  Le  grand  corps  de  logis  dont  on  voit 
les  ruines  entre  les  tours  nord-ouest  et  sud-ouest 
fut  presque  entièrement  reconstruit  par  Enguer- 
rand  MI,  un  peu  avant  le  voyage  de  Charles  YI  à 
Coucy,  le  l'i  mars  138-,  comme  le  j)rouve  le 
compte  publié  par  M.  Broche  ;  mais  le  magasin  P 
du   rez-de-chaussée  est  une  œuvre  du  xiii'    siècle. 


BATIMENTS    U  HABITATION 


On  y  entrait  de  plain-pied,  coinnie  dans  une   halle, 
par  cinq   larges  arcades   en  tiers-point,   ([iii  s'ou- 


vraient sur  la  cour  et  qui  retoini^aient  sur  des  piles 
rectangulaires.  Aucune  trace  de  fermeture  ou  de 
mur  de  clôture  contre  les  sujiporls.  i\u  revers  du 


72  LE    CH.VTKAU    DE    COUCY 

mur  extérieur,  cinq  profondes  arcades  en  tiers- 
point,  construites  avant  le  parement  supérieur  du 
fond,  étaient  destinées  à  rédiiii-e  la  j)ortée  des 
solives  du  plancher  de  la  salle  desPreuscs,  comme 
dans  le  cellier  méridional.  Les  marques  de  tâche- 
rons permettent  de  distinguer  toutes  les  assises  et 
les  claveaux  du  xiii"  siècle. 

A'ers  i385,  le  plafond  de  bois  primitif  fut  rem- 
placé par  cinq  croisées  d'ogives  aux  angles  abattus, 
dont  on  voit  les  amorces  sur  les  anciennes  piles. 
Les  doubleaux,  en  cintre  surbaissé,  présentaient 
le  même  profil.  Les  nervures  de  la  première  voûte 
au  nord,  tangente  à  une  arcade  aveugle  du  xiii*^  siè- 
cle, viennent  d'être  rétablies  par  les  soins  de 
M.  Bœswilhvald.  La  voûte  suivante  butait  contre 
un  gros  mur  de  refend,  monté  au  xiv'"  siècle  pour 
soutenir  un  escalier  à  vis  qui  reliait  la  salle  des 
Preuses  au  second  étage.  La  seconde  arcade,  en 
partant  du  nord,  se  trouve  donc  en  partie  bouchée 
comme  la  première,  adossée  aux  bâtiments  du 
nord  et  à  une  voûte  d'ogives  du  xn""  siècle.  Pour 
se  rendre  à  la  salle  des  Preuses  et  à  celle  des  Preux, 
on  montait  un  large  escalier  tournant,  dont  la  cage 
et  la  porte  à  colonnettes  prismatiques  sont  encore 
intactes  dans  l'angle  sud-ouest  de  la  cour. 

Salle  des  Preuses.  —  Le  compte  de  i38G-i38j 
mentionne  la  construction  de  la  cheminée  du 
boudoir  attenant  à  cette  salle,  qui  venait  d'être 
achevée.  L'architecte  d'Enguerrand  VII  lit  rem- 
placer le   parement   du    mur    occidental,   à    Tinté- 


SALLE    DKS    PHEUSES  -J^ 

l'ieiir,    (^omiuc    riii(]i(|ii(MU    les    (lues    mniunios    (1(> 


IAcIr'ioiis.  a  (li-oilc,  il  piocha 
iiord-oiicsl    pour    l'aire    un   au; 


i)ui-bc  (U'  la  lour 
encadré   j)ar   un 


LE    CHÂTEAU    DE    COLCY 


î> 


n 

V  n 


74 

gros  arc  de  clrcliargc  en  iiloiii  cinlfc.  au-dessus 
du  second  élage.  A  gauche,  derrière  un  décro- 
chement, un  large  couloir  du  xiii'^  siècle  voûté  en 

berceau  brisé,  liiil 
communiquer  la 
tour  sud-ouest  avec 
la  salle  des  Preuses. 
An  xi\'  siécl(>.  trois 
grandes  fenêtres , 
amorties  par  un  arc 
surbaissé,  lurent 
percées  après  coup 
dans  le  mur  occi- 
dental, La  baie  cen- 
ti-al.'  ^'(.uvrait  ;iu 
luiul  d  un  IjoLuloir 
qui  renlerme  une 
petite  cheminée.  Sa 
voûte  se  compose 
de    deux    petites 

Marquas  de  taci.hkons  du  xi%-  si,;,:le        croiséeS      d"ogiveS  , 

dont   la    Ijaguette  a 
lilet  saillant    retombe   sur  de;?    anges. 

Cette  salle  était  en  outre  chauflee  par  une  grande 
(dieminée  à  deux  âtres,  dessinée  par  Androuet  du 
Cerceau  et  décorée  des  statues  des  neuf  Preuses, 
suivant  la  description  poétique  d'Antoine  d'Asti, 
secrétaire  du  duc  Charles  d'Orléans,  versi44c.  Au- 
dessus  du  plafond  de  bois,  une  autre  salle,  aussi 
vaste  mais  ])lus  basse,  était  de  même  éclairée  par 
trois  baies;  celle  du  milieu  conserve  encore  deux 


TACiiiiKo.Ns  UL  xn 


(iUANU    CKLLIKK  J.'J 

voûtes  d'ogives  de  faible  dimension.  Près  de  la  toui- 
nord-ouest,  une  cage  d'escalier,  coupée  en  deux, 
correspond  au  mur  de  refend  où  passait  le  conduit 
de  la  grande  cheminée.  Au  revers,  deux  petites 
pièces  superposées  étaient  éclairées  par  deux  fenê- 
tres ouvertes  au  xiv''  siècle. 

Côté  sud.  —  Le  vaste  bâtiment  qui  renfermait  la 
salle  des  Preux  s'élève  au-dessus  des  deux  caves 
parallèles,  voûtées  en  berceau  brisé,  que  j'ai  déjà 
décrites.  Le  grand  cellier  II  du  rez-de-chaussée  fut 
remanié  vers  i385,  comme  le  magasin  qui  se  trouve 
sous  la  salle  des  Preuses.  Au  xiii°  siècle,  des  pou- 
tres de  fort  équarrissage  portaient  le  plancher  du 
premier  étage.  Elles  devaient  être  soulagées  par 
des  piliers  de  pierre,  à  cause  de  leur  grande 
portée,  suivant  un  système  appliqué  au  château  de 
Chillon  et  dans  l'abbaye  du  Moncel  (Oise).  Neuf 
arcades  en  tiei's-point,  assez  profondes,  soutenues 
par  des  piédroits,  et  marquées  de  signes  de  lâche- 
rons, faisaient  cor[)s  avec  le  mur  méridional  pour 
donner  aux  solives  un  point  d'appui. 

L'architecte  d'Enguerrand  VII  modifia  cette  dis- 
position pour  voûter  le  cellier.  Il  dressa  dans  Taxe 
longitudinal  une  lile  de  colonnes  où  les  ogives  aux 
arêtes  abattues  et  les  doubleaux  de  même  prolil 
qui  décrix  aient  une  courbe  en  segment  de  cercle 
venaient  retomber  en  |)énélralion.  Le  sommier  de 
l'un  des  fûts,  d'où  partaient  huit  arcs,  et  des 
amorces  de  nervures  sont  encore  visibles  contre 
une  pile  occidentale  et  à  l'entrée  de  la  cave  de  la 


yb  LE    CHATEAU    DE    COUCY 

tour  sud-est.  Chaque  galerie  fut  donc  recouverte 
de  neuf  voûtes  soigneusement  appareillées  rentre 
les  deux  dernières  voûtes,  à  Touest,  deux  larges 
doubleaux  s'appuyaient  sur  un  massif  de  maçon- 
nerie flanquée  de  colonnes  engagées,  et  d'un  mur 
de  refend  qui  venait  ])utcr  contre  une  ancienne 
niche  en  tiers-point, 

l^us  loin,  un  arc  surbaissé  du  xiii"  siècle,  formé 
de  deux  rangs  d'énormes  claveaux,  supportait  le 
mur  de  fond  et  la  cheminée  de  la  salle  des  Preux. 
Par  mesure  de  prudence,  on  le  lit  murer  au 
xiv"  siècle;  au  revers,  une  petite  voûte  en  berceau, 
et  une  voûte  d'ogives  à  trois  nervures  furent  mon- 
tées à  la  même  époque  ;  mais  primitivement  une 
poutre  franchissait  l'espace  triangulaire  entre  la 
tour  sud-ouest  et  l'arc  transversal  au  droit  d'un  cor- 
beau, encore  intact,  qui  soutenait  une  contre-tlche. 

Salle  des  Preux.  —  (^elte  magnilique  salle  fut 
rebâtie,  en  même  tein[)s  (|ue  la  salle  des  Preuses, 
dans  le  dernier  quart  du  xiv''  siècle.  L'architecte  fit 
arracher  l'ancien  parement  intérieur  du  mur  méri- 
dional, pour  y  substituer  de  nouvelles  assises.  Il 
perça  du  même  coté  deux  larges  fenêtres  à  plate- 
bande  appareillée,  qui  étaient  recoupées  par  un 
meneau  central  et  deux  arcs  trèfles.  Au  dehors,  un 
boudin  coudé  encadrait  chacune  des  baies.  Les 
deux  cheminées,  très  larges,  conservent  leur  foyer 
encadré  par  un  arc  surbaissé  sous  nu  arc  de  cIl- 
charge  en  tiers-point.  Les  quatre  niches  sont  flan- 
quées  de   deux    coloiinettes,   et  leurs  dais  à    sept 


SALLE     DES     PREUX  'J'J 

pans   garnis  de    jielils    arcs    triIol)és   porlent  déjà 
l'empreinte  du  style  flamboyant. 


Un  bandeau  (\v  leuilles  irisées  marque  le  niveau 
de  la  charpeuh!  en  carène  renversée  de  la  salle 
des  Preux.  Trois  lucarnes  à  meneau  central,  dont 


j8  LK    CHATKAT     I»K    COICY 

on  voit  encore  les  glacis,  correspondaient  à  une 
voussure  de  bois  en  pénétration  dans  le  berceau. 
A  l'extérieur,  une  ligne  de  corbeaux  moulurés 
accuse  le  sommet  de  la  courtine  surélevée,  comme 
entre  les  autres  (ours. 

On  montait  à  la  tribune  occidentale,  destinée 
aux  musiciens,  par  un  petit  escalier  à  vis  accolé  à 
la  tour  sud-ouest  et  coiffé  d'une  voûte  d'ogives  à 
six  branches  qui  retombent  sur  des  petits  anges. 
A  l'autre  extrémité,  c'est-à-dire  à  l'orienl,  un*' 
immense  verrière  s'ouvrait  dans  le  pignon  pour 
éclairer  la  salle.  Au  iiivcjiu  de  son  appui  on  a\n\l 
élevé  une  tribune  en  bois  décorée  de  pampres  et 
de  fruits,  comme  les  deux  autres,  cjui  étaient  réser- 
vées aux  dames. 

La  belle  cheminée  occidentale  de  cette  salle  se 
divisait  en  deux  foyers  séparés  par  un  pilier.  Les 
statues  des  Preux  étaient  au  nombre  de  dix,  car 
Charles  d'Orléans  y  avait  ajouté  Bertrand  du  Gues- 
clin.  Ce  détail  se  trouve  dans  le  poème  de  son 
secrétaire,  Antoine  d'Asti. 

Chapelle.  —  Orientée  vers  le  nord-est  et  adossée 
au  bâtiment  de  la  salle  des  Preux,  cette  chapelle 
du  xiii''  siècle,  à  chevet  plat,  a  presque  entièrement 
disparu;  mais  on  peut  encore  relever  le  plan  de 
ses  soubassements.  Le  rez-de-chaussée  S  divisé 
par  de  fortes  piles  et  recouvert  de  quatre  voûtes 
d'ogives  sur  chaque  galerie,  servait  de  passage, 
comme  sous  la  chapelle  du  château  de  Senlis, 
pour  entrer  soit  dans  le  grand  cellier,  situé  sous 


CHAPELLE    GOTHIOUE 


la  salle  des  Preux,  par  une  porte  en  tiers-point  de 
six  mètres  d'épaisseur,  soit  dans  la  cuisine,  qui 
s'élevait  à  l'orient.  Entre  les  contreforts  à  bandeau 


'-> 


'S^^\ 


\.     %..   l 


r" 


% 


tlïU' 


Clef  de  voûte  de  la  chapelle 


inférieur    mouluré,    des    arcs   de   décharge    enca- 
draient des  murs  percés  de  portes. 

Au  premier  étage,  deux  grandes  voûtes  d'ogives 
retombaient  sur  des  faisceaux  de  cinq  colonnettes 
(loiil  il  reste  des  assises  au  pied  de  la  courtine  du 
Tiord.  L'inie  des  clefs  à  trou  central,  ornée  d'une 
guirlande  de  feuillages,  est  déposée  au  musée  de 
la  tour  nord-est  :  les  amorces  de  ses  grosses  ner- 
vures en  amande  accusent  une  époque  peu  avancée 
du  xiii"  siècle.  J'ai  retrouvé  aussi  quelques  débris 
des  jueneaux,    épais   de    o"",-;"),    (|iii   divisaient   les 


80  LK    CHATIvVr     1)K    COLCV 

fenêtres;  le  fut  de  leurs  coloiiiicllcs  cl  leur  ["(uiil- 
lure  sont  Ijien  visibles,  l'iusicurs  morceaux  de 
(|ualr('l'(Miill('s  ou  do  rosaces  a  ciiKi  lolx-s,  |)ro\e- 
luuil  du  rem|)lai^e,  sont  ôpars  sur  le  sol. 

Loin  de  ressembler  a  la  Saiiite-Cdiapelle  de 
Paris,  comme  un  dessin  de  \'iollel-Ie-Duc  pourrait 
le  l'aire  supposer,  la  chapelle  du  château  de  Coucy 
était  plutôt  une  œuvre  du  même  style  que  le  chevet 
de  la  cathédrale  de  Soissons.  La  riche  décoi-ation 
de  celle  chapcllo  avait  rra|)p('  Antoine  d'Asli, 
secrétaire  du  duc  Charles  d'Urléans,  car  il  décrit 
dans  ses  Lcllrcs  Itéroiqiics,  vers  i44*^'i  les  ligures 
peintes  sur  les  voûtes  qui  étaient  rcdiaussées  de 
dorures,  les  statues,  les  vitraux,  (|ui  représen- 
taient des  scènes  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Tes- 
tament. Il  ailirme  que  ])endant  la  guerre  de  (]ent 
Ans,  le  j)rince  Jean  aurait  acheté  les  anciennes 
verrières  au  prix  de  douze  mille  écus  dor. 

Cuisine.  —  Une  petite  cour  séparait  le  côté  sud 
de  la  chapelle,  de  la  cuisine  T  recoupée  en  deux 
pièces,  dont  les  murs  sont  démolis  presque  à  ras  de 
terre.  Les  eaux  de  vaisselle,  vidées  sur  un  évier, 
se  déversaient  |)ar  un  caniveau  dans  un  grand  pui- 
sard, dissimulé  dans  Tépaisscur  de  la  (diemise  du 
donjon,  et  surmonté  d'un  réduit  ^•oùlé  en  berceau 
brisé. 


VI 

DONJON 


Chemise.  —  Les  défenses  extérieures  du  don- 
jon \',  (jiii  commandait  à  la  fois  la  basse-cour  et  la 
cour  du  (duiteau,  se  composaient  d'un  fossé  large 
de  6™, 36  et  d'une  chemise  annulaire  qui  s'inter- 
rompait en  face  de  l'entrée  de  la  tour.  Cette  che- 
mise, aujourd'hui  découronnée  et  éventrée  par  la 
mine  en  iGaa,  mesurait  20  mètres  de  hauteur,  en 
partant  du  fond  du  fossé.  Elle  se  reliait,  au  nord, 
à  la  courtine  de  la  porte  du  château,  et  au  midi  à  la 
tour  sud-est  par  un  gros  mur  dont  le  couloir  inté- 
rieur communiquait  avec  celui  de  la  chemise  sur- 
montée d'un  chemin  de  ronde  crénelé.  On  y  mon- 
tait rapidement,  au  xiii''  siècle,  par  une  rampe 
courbe  partant  du  sol  de  la  cour  en  face  de  la  porte 
du  donjon  :  au-dessous,  des  arcs  de  décharge  for- 
maient des  niches.  L'escalier  à  vis,  adossé  au  pui- 
sard des  cuisines,  fut  apj)liqué  contre  la  chemise 
au  xiv"  siècle. 

Plus  loin,  un  escalier  droit  du  xiiT'  siècle,  recou- 

G 


02  I,K    CHATEAU     DE    COLCY 

vert  d'énormes  dalles,  descend  dans  un  passage, 
ménagé  à  travers  la  chemise,  au  niveau  des  fonda- 
tions. On  pouvait  donc  passer  du  fossé  intérieur 
au  fossé  extérieur,  mais  comme  l'ennemi  aurait  pu 
prendre  le  même  chemin,  une  herse  manœuvrée 
dans  une  petite  chambre  permettait  de  barrer  ce 
couloir  vers  le  sud.  Cette  poterne  correspondait 
par  un  pont  volant  avec  celle  (|ue  jai  déjà  signalée 
au  pied  de  la  tour  sud-est. 

Vers  i386,  on  eut  l'idée  d'établir  au  pied  de  la 
chemise,  dans  le  fossé  extérieur,  une  galerie  de 
contre-mine,  voûtée  en  quart  de  cercle,  et  recou- 
verte d'un  talus.  Cette  date  se  déduit  d'une  dépense 
inscrite  dans  le  registre  de  comptes  de  la  chàtelle- 
nie  pour  la  captation  de  la  source  qui  s'y  trouve,  et 
qui  devait  nécessairement  être  protégée  en  cas  de 
siège.  Viollet-le-Duc  et  d'autres  arc-héologues  ont 
eu  tort  de  croire  que  la  galerie  pouvait  remonter 
au  xiii''  siècle.  A  l'entrée,  ses  doubleaux  avec  arêtes 
abattues  et  ses  voussoirs  en  pierre  jaune  sont  d'un 
tout  autre  grain  que  la  roche  à  <;oquillages  primitive. 
C'est  donc  un  simple  collage  contre  le  vieux  mur. 

Procédé  de  construction.  —  Le  donjon,  du  xiii" 
siècle,  est  bâti  sur  un  plan  circulaire,  comme  ceux 
de  Rouen,  de  Lillebone,  ou  comme  les  tours 
d'angle  des  châteaux  de  Gisors  et  de  Falaise, 
œuvres  des  ingénieurs  militaires  de  Philippe 
Auguste,  qui  ont  pu  servir  de  prototype  à  l'archi- 
tecte. Sa  hauteur,  prise  du  l'ontl  du  fossé,  atteint 
54  mètres;  son  diamètre  mesure  exactement  3i'",'j5;. 


CONSTni'CTION    DU    DONJON  8.'i 

et  répaisseur  du  mur,  au  rez-de-  chaussée,  est  de 


UONJON    KT   TOUK   .NOKU-EST 

y"\iO,  :  c'est  doiu;  la  plus  grosse   tour  du  inonde 


84  LK    CHATEAU    DE    COUCY 

Viollet-le-Duc  a  deviné  le  premier  à  Faide  de 
quel  ingénieux  ])rocédé  sa  construction  i'ut  menée 
à  bonne  fin.  Des  trous  de  l^oulin  disposés  en  spi- 
rale, de  la  base  au  sommet,  correspondaient  à 
deux  poutrelles  reliées  par  des  contrefiches  qui 
soutenaient  un  chemin  en  encor])ellement,  dont  la 
pente  était  assez  douce  à  cause  du  diamètre  énorme 
du  donjon.  La  largeur  de  cette  rampe  en  hélice 
pouvait  atteindre  cinq  mètres,  ce  qui  permettait 
aux  ouvriers  de  monter  les  pierres  à  Taide  de  petits 
charriots.  Un  rayon  de  bois,  tournant  horizontale- 
ment autour  d'un  axe,  suffisait  à  régler  la  courbe 
du  parement.  Suivant  un  principe  appliqué  dès  le 
xii*"  siècle,  le  mur  du  donjon  était  cerclé  par  des 
longrines  de  bois  noyées  dans  la  maçonnerie,  à 
trois  hauteurs  différentes  :  une  enrayure,  dont  les 
trous  sont  visibles,  venait  s'assembler  dans  ce 
chaînage  au  niveau  du  second  étage. 

Salle  basse.  —  On  entrait  au  rez-de-chaussée  par 
un  pont  à  l)asculc  qui  franchissait  le  fossé  de  la 
chemise  et  qui  s'abattait  sur  deux  corbeaux,  encore 
intacts.  La  porte  en  tiers-point  est  flanquée  de 
deux  colonnettes  :  on  a  remplacé  ses  cliaj)itt';iux. 
le  linteau  et  la  plus  grande  partie  du  tympan,  qui 
représente  la  lutte  d'un  chevalier  contre  un  lion. 
La  croupe,  la  queue  et  une  patte  de  l'animal  sont 
seules  anciennes.  Dès  le  xii-  siècle,  on  a  reproduit 
la  même  scène  sur  un  grand  nombre  de  chapi- 
teaux romans,  comme  à  Laflaux  et  k  Saconin,  près 
de  Soissons.  Dom  Toussaint  Duj)lessis  v  voit  bien  à 


PORTE    DU    DON.JOiS' 


tort  un  souvenir  de  la  lutte  d'Eno-uerrand  III  (^ontre 
les  Albigeois,  mais  ce  n'est  qu'un  symbole  de  la 
bravoure  chevaleresque'.  Au  xvi"  siècle,  Androuet 
du  Cerceau  et  L'Alouète   ont  voulu    explifjuer  ce 


Ty-Mpa.n  de  la  l'Oiiïi;  du  donjon 

l^as-reliel'par  unelégende  (|ui  se  rattache  à  Enguer- 
rand  l"'  et  à  la  fondation  de  l'abbaye  de  Prémontré 
en  1 1 19,  gi'àce  à  un  jeu  de  mots  ridicule  répété  par 
tous  les  auteurs  moilernes. 


'  Notre  savant  confrère,  M.  Mâle,  est  d'avis  que  ce  combat  n'a  aucun 
rapport  avec  la  lutte  de   Samson  et   du   lion   ou  avec  liconojïraphie 

religiiMise.  Le  sujot   a   pu  en  rtrc   fourni   aux  sculpteurs   romans   par 
des   motifs  orientaux. 


86  I.K    CIIVTKAU    ItK    COUCY 

Huit    liguriii(\s    s(>    drlacheiil    sur    la    voussure, 
mais  comme  les  alliihuls  des  trois  statuettes  pri- 


liolu  Leli-vr, 

Salle  basse  du  donjon 
Statuette  sous  la  retombée  des  voûtes. 

mitives  sont  cassés,  il  est  difficile  de  les  identifier 
avec  telle  ou  telle  vertu.  L'archivolte,  garnie  de 
crochets,  retombe  sur  deux  consoles  ornées  d'une 
chimère  et  de  deux  aigles  becquetant  des  masques. 
Le  couloir  de  la  porte  était  défendu  par  un  as- 
sommoir rectangulaire  et  ])ar  une  herse  que  l'on 
manœuvrait  dans  une  petite  chambre  qui  commu- 


Coupe  du  don.ion 


88  LK    CHATEAU    DE    CUlCY 

nique  avec  rescalier.  Dans  le  passage  voûté  en 
berceau  déljouchent  des  latrines  recouvertes  de 
dalles  et  éclairées  par  une  archère.  On  pénètre 
dans  la  salle  du  rez-de-chaussée  en  passant  sous  un 
linteau  qui  repose  sur  deux  corbeaux  :  à  droite  un 
lion  mutilé  est  flanqué  d'un  mas(|ue;  à  gauche,  une 
chouette  se  dresse  à  côté  de  deux  oiseaux  affrontés. 
Le  donjon  ne  renferme  pas  de  rotonde  souter- 
raine, comme  les  autres  tours;  son  soubassement, 
qui  forme  talus,  est  plein  afin  d'oijposer  ])lus  de 
résistance  à  la  sape.  Ses  trois  salles,  dont  la  largeur 
est  de  i6"',33  et  la  hauteur  moyenne  de  i)  mètres 
étaient  recouvertes  de  douze  branches  d'ogives  qui 
rayonnaient  autour  d'une  clef  centrale  ;  mais  l'in- 
génieur Métézeau  et  son  fils  firent  sauter  les  trois 
voûtes,  en  1602,  à  l'aide  d'une  mine  dont  on  a 
retrouvé  les  tra(;es  à  deux  mètres  de  profondeur 
et  qui  lit  trois  lézardes  dans  les  murs  de  la  tour. 
Au  rez-de-chaussée,  dont  le  j)lan  est  un  dodéca- 
gone, les  amorces  du  boudin  en  amande  et  des 
deux  tores  des  nervures  prennent  naissance  sur 
des  sommiers  ornés  d'un  personnage  mutilé,  assis 
les  jambes  croisées,  qui  correspond  à  une  courte 
colonnette  surmontée  d'un  chapiteau  à  crochets 
et  d'un  tailloir  à  bec.  De  chaque  coté  de  la  figurine, 
un  culot  garni  de  feuillages  servait  de  point 
dappui  à  une  colonnette  des  douze  arcatures  supé- 
rieures, qui  jouaient  le  rôle  de  formerets. 

Les  niches  en  tiers-point  du  premier  rang,  dé- 
pourvues de  moulures,  s'ouvrent  entre  de  robustes 
piédroits.    Larges  de  3"\io  et  profondes   de    l'^jo, 


SALLE  RASSE  DU  DONJON  89 

ellos  servaient  pour  loi^er  des  provisions  :  leur  mur 
de  fbndestplein.  Au  sud,  une  large  cheminée restaii- 


Sai.lI':  isAssr.  nu  donjon 
Smnmiei'  d'une  o^'ive. 


rrc  cliauHail  la  salle  ;  à  Touosî,  une  nielie  abrite 
le  puits  (|ui  l'ut  ci'eusé  avant  les  fondations  du  don- 
jon. Son  diamètre  est  de  ?.'",i4  et  le  rouet  se  trouve 


90  LK    CMATKAII    HE    COUCY 

à  ()4'",5o  do  profondeur,  comme  on  l'a  constaté 
en  1819,  en  vidant  les  déblais  qui  le  remplissaient 
enlièrem(Mil '.  Ce,  travail  a  l'ait  découvrir  des  l)ou- 
lets  de  pierre  et  de  Ter,  deux  létes  de  statues 
dorées,  et  le  petit  canon  en  cuivre  du  musée.  A 
dix  mètres  au-dessous  du  sol,  ou  voit  Torillce 
d'uu  souterrain  qui  devait  couimuniquer  avec  les 
caves  de  la  salle  des  Preux. 

La  salle  basse  était  décorée  d'un  second  rang  de 
niches  plus  hautes,  souligné  ])ar  un  bandeau  de 
crochets.  Leur  archivolte  en  tiers-point,  dont  le 
tore  est  bien  dégagé,  retombait  sur  deux  colon- 
nettes  et  sur  des  chaj)iteaux  à  crochets.  Trois 
fenêtres  de  la  même  forme,  surmontées  d'énormes 
linteaux  de  fond,  s'ouvrent  dans  les  murs  :  elles 
sont  carrées  à  l'extérieur  :  leurs  glacis  en  escalier, 
où  l'on  accédait  par  une  échelle,  ])ermettaient  de 
les  utiliser  pour  la  défense.  La  niche  qui  corres- 
pond à  la  cheminée  est  recou[)ée  par  deux  arca- 
tures  secondaires,  pour  masquer  le  ])assage  du 
conduit.  Sous  (juelques  voussures,  on  voit  des 
rinceaux  rouges  et  des  faux-joints,  de  la  même 
couleur,  c|ui  se  détachaient  sur  un  fond  ocre,  car 
les  salles  du  donjon  étaient  peintes  très  sobre- 
ment. 

Etages  supérieurs.  —  On  moule  aux  deux  étages 
et  à  la  plate-forme  suj)érieure  j)ar  un  bel  escalier 
à  vis,  dont  la  cage  a  ;>"',o5  de  diamètre.  Les  mar- 

'   .\uj(niril  Ijui  11-  pnils  iic  iiiosmo  plus  i|ik'    îo  iui-U'cs  (Jo  [inifoiulfur. 


PnKMlEIl    ETAGE    DU    DON.ION  ()I 

{•lies,  au  iiomln-e  de  2i5,  mesurent  o"',2o  de  hau- 


liiilu  Lclovre-PonUlis. 


I.MKIÎII.IU    m     DON.ION 


leur,  el  soiil  posées  sur  des  clianfVeins  qui  se  déla- 
client  eu   saillie  sui-  le  pareuieul  et  sur  le  noyau 


92  LE    CII.VTK.Vl"     DK    COLCY 

Les  onze  fenêtres  percées  dans  la  cage  jouaient 
le  même  rôle  que  des  archères.  L'architecte  avait 
pris  la  sage  précaution  de  piauler  ICscalicr  du  côté 
(le  la  cour  pour  éviter  le  danger  dune  brèche  l'aile 
par  les  machines  de  guerre  au  [)oinl  oii  le  mur 
présentait  un  jioiiit  i'ailjle. 

La  salle  dw  i)renuer  étage  était  également  voûtée 
par  douze  ogives  à  trois  tores  qui  viennent  re- 
joindre les  chapiteaux  à  crochets  de  colonnettes 
en  délit.  La  clef  centrale  était  percée  d\in  large 
trou  pour  le  passage  des  projectiles  dans  un  panier 
monté  par  un  treuil.  On  remar(|uera  l'absence  de 
formerels  sous  les  lunettes.  Chacun  des  douze  pans 
coupés  conserve  une  niche  en  tiers-point,  beau- 
coup plus  haute  (|ue  celles  du  rez-de-chaussée; 
ses  claveaux  sont  nus  comme  les  pilastres  qui  les 
soutiennent.  Trois  fenêtres  s'ouvrent  autour  de  la 
salle;  près  du  passage  de  la  cdieminée  une  petite 
porte  devait  a])outii'  a  un  pont  \()hint  jeté  sui'  le 
fossé,  au  niveau  du  chemin  de  ronde  de  la  che- 
mise. A  l'est,  des  latrines  correspondaient  à  celles 
durez-de-chaussée  :  au  nonl.  il  faut  signaler,  sous 
Tune  des  arcades,  un  foui- a  [)ain  voûté  en  berceau 
brisé  qui  s'ouvre  sous  un  arc  surbaissé,  repris  en 
moellons  neufs.  A  coté,  on  voit  la  porte  qui  donne 
dans  la  cage  de  l'escalier. 

Si  la  voûte  d'ogives  du  second  étage  diffère  de 
celle  du  premier  j)ar  le  prolil  de  ses  douze  ner- 
vures aux  arêtes  abattues,  le  plan  dodécagone  de 
la  salle  supérieure  offre  également  une  variante. 
En  effet,  un  couloir  circulaire,   à  ^"",55  au-dessus 


SECOND  ÉTAGE  DU  DONJON  98 

du  dallage,  permettait  d'en  faire  le  tour.  La  pre- 
mière idée  de  ce  chemin  de  ronde  intérieur  se 
trouve  appliquée  dans  les  donjons  de  Ghambois 
(Orne)  et  de  Châteaudun  ;  mais  à  Coucy,  le  couloir 


Plan  du  skcond  étage  du  do.njon 


traverse  de  graudes  arcades  eu  ticrs-poinl  (|ui 
s'ouvrent  sur  la  salle  liaute.  Cette  triijune  a  3'", 45 
de  profondeur  :  on  avail  augmenté  sa  largeur  au 
moyen  d'un  plaiiclicr  de  bois  (jui  s'avançait  jns- 
(ju'au  dosseret  des  colouncttes,  car  la  trace  des 
trous  des  barres  du  parapet  est  encore  visi])le.  Il 
était  donc  facile  de  loger  des  aj)provisionnemcnts 


94  LK    CHATKAU    I»E    COUCY 

dans  les  niches  comme  aux  étages  intérieurs. 
Le  mode  de  voùtement  de  cette  tribune  mérite 
d'attirer  raltention. 
Au  milieu  de  clia([ue 
voussure,  un  arc  en 
tiers-point  nu.  (jui  pé- 
nètre dans  les  piles 
rectangulaires  marque 
le  changement  de  di- 
rection de  la  voùle.  Il 
en  résulte  (|ue  Tare 
hrisé  ((ui  traverse  le 
passage  au  droit  de 
chaque  support  s'évase 
(lu  côté  extérieur  de  la 
lour  et  repose  de 
l'autre  coté  sur  un 
pilastre  à  trois  pans 
coupés  ilont  le  som- 
mier forme  console 
aux  deux  angles  ^ 

Cette  disposition, 
destinée  à  donner  le 
maximum  de  résis- 
tance à  un  mur  circu- 
laire qui  renferme  une 
oalerie,  est  uni(|ue  en 
airée  par  deux  fenêtres 

en  tiers-point  divisées  par  un  meneau  :  comme  elles 
de  la  tribuiu>,  l'architecte 


Fleuron  d  l.n  I'Inaclk 
du  donjon 

sono-enre.  La  salle  était  éc 


se  trouvaient  au  niveau 

'   VioUei-Leduc.   Dictionnaire  aanhilecture 


IV.  p.  iCy 


TROISIÈME    ETAGE    DU    DONJON  9;) 

avait  établi  deux  bancs  de  pierre  dans  chaque  baie. 
Au  xiii"  siècle,  la  plate-forme  supérieure,  recou- 


Di.HMKU  i;iv(;u  DU  don.ion 

verte  de   dalles  de    pierre,    n'était   pas  surmontée 


()G  LK    CIIATKM      ])K    COUCV 

crime  toiture  coni(|iie  comme  les  gi-oss(>s  loms.  I^es 
deux  rangs  de  larges  feuilles  à  ci-ochels  de  la  cor- 
ni(;lie  intérieure  et  de  la  corniche  extérieure,  bordés 
d'un  tore,  étaient  couronnés  d'un  gla(us  à  double 
jxMilc  ou  (juatre  j)inacl es  venaient  s'engager,  connue 
rin(li(|ue  un  dessin  d'Aiulrouet  du  (berceau.  On  en 
a  retrouvé  les  débris  clans  le  fossé  avec  deux 
grosses  gargouilles  c|ui  servaient  à  l'écoidenu'nt 
des  eaux.  L'escalier  à  vis  se  continue  juscju'au 
sommet  du  mur,  large  de  c[uatre  mètres,  mais  ou 
a  nuire  la  cage  pour  éviter  les  accidents. 

Le  mur  circulaire  est  percé  de  vingt-cjuatre  baies 
en  tiers-point  à  claveaux  nus  :  une  arcliere  s'ouvre 
dans  chacjue  trumeau,  de  façon  à  pouvoir  abriter  les 
défenseurs  dans  le  cas  oii  les  hourds  auraient  fait 
défaut.  Frappé  de  la  diiUculté  c|ue  devait  présenter 
la  pose  rapide  de  ces  galeries  de  bois  en  encorbel- 
lement, cjui  jouaient  un  rôle  capital  dans  la  défense 
du  donjon,  l'architecte  avait  disposé  cjuarante- 
huit  corbeaux  de  pierre,  profdés  en  c|uatre  quarts 
d(^  rond,  pour  supj)orter  les  hourds  à  deux  étages. 
Des  pièces  de  bois  formant  un  angle  obtus  s'appli- 
(juaient  sur  les  deux  glacis  j)our  former  le  toit  à 
double  pente  des  hourds  intérieurs  et  extérieurs, 
sinon  les  défenseurs  n'auraient  pas  été  à  l'abri  des 
intempéries.  Elles  venaient  s'assembler  dans  des 
poteaux  inclinés,  reliés  par  des  moises  et  un  plan- 
cher intermédiaire.  Un  charmant  dessin  de  Viollet- 
le-Duc  aide  à  saisir  comment  cette  opération 
s'exécutait. 

La  vue  très  étendue  dont  on  jouit  au  sommet  du 


PL.VTE-l'ORME    DU     DONJON 


97 


donjon  fait  bien  comprendre  l'assiette  du  château. 
Au  nord,  l'église  de  Goucy-la- Ville  avec  son  clocher 
central  roman  et  la  flèche  de  son  clocher-porche 
du  xvi°  siècle,  attire  les  regards.  A  l'est,  la 
route  de  Laon  traverse  le  plateau  en  laissant  à 
gauche  la  tour  de  jNIoyenbrie.  La  vallée  de  la  Lette, 
où  viennent  aboutir  les  routes  de  Soissons  et  de 
JNoyon,  forme  un  fossé  naturel  du  côté  sud.  A 
l'ouest,  le  château,  vu  de  la  route  de  Chauny,  se 
présente  sous  son  aspect  le  plus  romantique,  au 
soleil  couchant,  avec  Ténorme  niasse  circidaire  du 
donjon,  (jui  domine  les  courtines  et  les  quatre 
tours  d'angle,  encadrées  par  les  arbres.  C'est  de 
là  ([ue  l'œuvre  audacieuse  et  forte d'Enguerrand  III, 
remaniée  par  Enguerrand  VII,  évoque  tout  un 
passé  de  grandeur  et  de  décadence. 


GaKGOL'ILLIC    du    I)0NJ( 


BIBLIOGRAPHIE    SOMMAIRE 


AxDHOUET   DU    Ceuceau    (Jaccjues).    —    Les  plus   e.rreUeus 


uevv 


bastiments  de  France,  nouvelle   édition.    Paris. 

187-.^,  t.  I. 
Asti  (Antoine    d").    —   Extrait    des   Lettres  Iiéroïiji/cs  dans 

Lépinois,  Histoire  de  Coucy,  p.  3j5. 
Be.\umoxt  (Edouard  de).  —  Notice  sur  les  gens  de  guerre  du 

comte  de    Saint-Puul  qui  sont  enfouis   ii    Couci/  depuis 

I '1 1  I ,  '2'' édition.  Paris,  1886,  in-'i'*. 
Broche  i  Lucienj.  —  Notes  sur  d'anciens  comptes  de  la  clià- 

Icllcnie   de    Coucy   (  r386-i38j],   dans  \e  Bulletin   de  la 

Société  académique  de  Laon,  t.  XXXII,   1908.  p.    >'!<). 
Chartes  des  sires  de  Coucy  (xiii'^  s.).  —  Bilil.  nat.  nouv. 

acq.  lat.  ïioi). 
Du  Chesxe  (André).  —  Histoire  des  maisons  de  Gaines  et  de 

Coucy,   iG'ii. 
DupLEssis  (Dom  Toussaint).  —  Histoire  de  la   ville  et  des 

seigneurs  de  Coucy,  Paris,  1728,  in-4°. 
DuRRiEU  (le  comte  Paul).  —  La  prise  d'Arezzo  par  Enguer- 

rand  VII,  sire  de  Coucy,  en  138't,  dans  la  Bibliothèque 

de  l'Ecole  des  Chartes,  t.  XLI,  1880,  p.   iGi. 
Grégoire  (Théophile).  —  Les  ruines  de  Coucy,  18 '|6,  in-S". 
Grégoire    (Théophile).   —    Mémoire    sur    les    oubliettes  du 


BIBLIOGnAPIIIE    SOMMAIRE  gg 

château  de  Coiicy,  dans  le  Bulletin  de  la  Société  acadé- 
mique de  Laon,  t.  V,  i8j6,  p.    !j,i. 

Grégoire  (Théophile).  —  Notice  sur  les  travaux  de  restau- 
ration de  l'ancien  château  de  Coucy,  dans  le  Bulletin 
de  la  Société  académique  de  Laon,  t.  XI,  i8()i^  p.  22. 

Grenier  (Dora).  —  Collection  de  Picardie,  Bibl.  nat.  Ms. 
fr.  18760. 

JovET.  —  Histoire  des  anciens  seigneurs  de  Coucy.  Laon, 
1G82,  in-1.2. 

Lacaille  (Henri  I.  —  La  vente  de  la  baronnie  de  Coucy 
(l'ioo)  dans  la  Bibliothèque  de  l' Ecole  des  Chartes,  t.  L^', 
1894,  p.  575. 

L'AlouÈte  (Fr.  de). —  Traité  des  nobles  avec  une  histoire  de 
la  maison  de  Coucy,  1^77. 

LÉGENDES  DU   CHATEAU   DE   CoUCY.  CoUCV,    l<Jo3,    in-l8. 

LÉPiNois  père  et  Lépinois  (le  chevalier  de).  —  Soui>enirs  de 

Coucy,    dessins    lithographies    accompagnés    d'un    texte 

historique  et  descriptif.  Coucy,   i8V|,  in-fol. 
LÉPINOIS  (E.  de).  —  Histoire  de  la  ville  et  des  sires  de  Coucy. 

Pai'is,  Dumoulin,    18 58,  in- 8°. 
Mangin.  —  Enguerrand  ill,  sire  de  Coucy.  dans  le  Bulletin 

de  la  Société  académique  de  Laon,  t.  XXn\  p.    |i). 
Melleville.  —  Histoire  de  la  ville  et  des  sires  de  Coucy-le- 

Château.  Laon,   i8'|8,  iii-8°. 
Melleville.   —   Le  c/nlteau  de  Coucy,    notice  historique    et 

archéologique,  2''  édition.  Laon,   18  j',,  in-8<'. 
MoREAU  (Jules).  — Notice  sur  les  sires  de  Coucy.  ■?.''  édition. 

Chauny,  Moreau,   1871,  in-8", 
MoREAU  (Jules).  — -  Notice  historique  sur  le  château  fort  de 

Coucy,  2*^  édition,  Chauny,  1889,  in-8°. 
Perin  (C.).  —  Beehcrches  bibliographiques  sur  le  département 

de  l'Aisne,   i8GG-i88'i,  t.   I,  p.  \)i-%  ;  t.  II,  p.  7  '1-78  et 

t.  m,  p.  127-13 1 . 

Ro.MAiN  (E.).  —   Une  e.rcursio/i  i(  Coucy-le-C/iâteau .    Laon, 

i882,in-iti. 
Tardif  (Joseph).  — Enguerrand D'de  Coucy.  Va\  préparation. 
Ulauss  (Jérôme), —  Notice  sur  les  sires  de  Coucy,  aecompa- 


100  BIBLIOGHAl'lllE    SOMMAIHE 

gnée  d'une  descrij)lion  du  rliàlcau  de  cette  i-il/e.  Coucy, 
Guérin,  1862,  in- 12. 

Verxier  (l'abbé).  —  Coucy,  ses  sires,  ses  légendes  et  ses 
ruines.  Paris,  Dumoulin,  1874,  in-12. 

ViOLLET-LE-Duc  (E.). —  Dictionnaire  raisonné  de  l'nrc/iiiec- 
ture  française  du  xi*^  au  x\f  siècle.  Paris,  Morcl,  i<Sfl-, 
10  vol.  in-S",  t.  I,  p.  3'j,  I  j^,  'i^i,  383  ;  t.  II,  p.  270,  399, 
/îlo  ',  t.  III,  p.  108,  201  ;  t.  IV,  p.  '253,  256,  263,  264, 
3i3;  t.  V,  p.  7>.  10',,  209,  Vjo;  t.  YI,  p.  \'\x,  16',,  377, 
392,  397;  t.  ^l],  }).  <S'|,  11',,  118,  I ',9,  178,  )22,  32',, 
374;  t.  VIII,  p.  8',,  90,  ',(.1,   ','.1,  et  t.  IX,  p.  81. 

ViOLLET-LE-Duc  (Ê.).  —  Description  du  château  de  Coucy. 


iJdN.ION     I  T      lor 


TABLE  DES  GRAVURES 


Plan  .!.•  la  ville Au  lilro 

Plan  du  il.àloau Au  titre 

Le  château  eu   i  J76  vu  de  louest 9 

Le  château  \u  tiu  &ud-c»uest n 

Porte  de  Laou 33 

Coupe  de  la  porto  de  Laon 35 

*  Nous  lonicrcions  vivement  M.  Kj^gimanu  de  nous  avoir  autorisé 
à  reproduire  aux  pages  i'i  et  87  des  figures  extraites  du  Dictionnaire 
d'archileciure  de  Viollet-le-Duc  et  M.  Emile  Lévy  de  nous  avoir  permis 
d'exécuter  nos  reproductions  des  pages  9,  55  et  62  d'après  sa  belle 
réimpression  de  Les  plus  c.rccllcnls  basiiwenls  de  France  de  Jacques 
Andniui't  du   (k^rccau. 


I02  TAIÎLE    DES    (iHWUIîKS 

Poitc  (lo  la  basse-cour \i 

Tours  lie  la  basse-cour \'y 

Marques  de  tâcherons  du  xm''  siècle 5-2 

Le  château  en  i5jG  vu  de  l'est 55 

Clia|)il(>au  de  la  tour  nord-est 58 

(luurline  et  tour  nord-est 59 

Sculptures  du  xiv'^  siècle Gi 

Ancien  perron  du  château ....  62 

Coupe  de  la  tour  sud-ouest 65 

Intérieur  de  la  tour  sud-ouest GG 

Tour  sud-est 67 

A'ue  prise  sous  la  salle  des  Preuses 71 

Ruines  de  la  salle  des  Preuses 7'3 

Marques  de  tâcherons  du  xiv*^  siècle .  74 

Piuines  delà  salle  des  Preux 77 

Clef  de  voûte  de  la  chapelle 79 

Donjon  et  tour  nord-est 83 

Tytnpan  de  la  porte  du  donjon 85 

Statuette  sous  la  retombée  des  voûtes 8G 

Coupe   du  donjon 87 

Sommier  d'une  ogive 89 

Intéi-ieur  du  donjon 91 

Plan  du  second  étage gj 

Fleuron  d'un  pinacle .    .         ....  94 

Dernier  étage  du  donjon 95 

Gargouille  du  donjon 97 

Donjon  et  tour  nord-est loi 

Porte  de  Laon 104 


TABLE  DES   MATIERES 


Avant-propos 7 

Introduction  historique  :  Les  Sires  de  Coucy  ....  9 

I.  —  Enceinte  de  Coucy 33 

Porlo  do  Liion 34 

K^liso 38 

II.  —  Basse  cour  du  château 40 

Porte  d'entrée 4'-* 

Tours  de  la  basse-cour ...  43 

Cliapclle  romane 47 

III. — Description  du  château 48 

Date  de  la  coiislructioii 48 

Plan  et  appareil ôr 

Souterrains •         •  ^3 

Porte  d'entrée 54 

IV.  —  Tours  d'angle 37 

Tour  iiurd-esl 'i; 

Musée  lapidaire 60 

Tour  nord-ouest t>> 

Tour  sud-ouest 6  i 

Tour  sud-est <j(3 

V.  —  Corps  de  logis <J9 

Côté  nord (h) 

Côté  ouest 70 

Salle  des  Preuscs 72 


io4 


TABLE    Ui:S    MATIKRE!- 


Côté  sud     .     . 
Salle  dos  Prc-Ln 
Cil  a  pelle      .     . 
Cuisine    .     .     . 


VI.  —  Donjon 

Chemise 

Procédé  de  conslriu-liou . 

Salle  basse 

Etages  siip<''|-ieiirs     .     .     . 

Bibliographie  sommaire    . 
Table  des  gravures.    .    .    . 


8i 

8-2 

98 

lOI 


Porte  de  Lao.n 


E  V  R  E  U  .\  ,     1  .M  1 


lE    eu.     HEKISSEY     ET 


^ 


UNIVERSITY  OF  TORONTO 
LIBRARY 


i6M 


^J^^